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« Une nouvelle voie LGV, c'est une aberration »

TGV_846.jpgPour la première fois dans nos colonnes, la députée basque revient sur les conditions de son départ du gouvernement. Elle dit avoir tourné la page.

En mars, après l'affaire du voyage en Tunisie, Michèle Alliot-Marie avait prévenu qu'elle ne parlerait pas à la presse « pendant plusieurs mois ». Fin de la trêve.

« Sud Ouest ». Ressentez-vous un « grand vide » depuis votre départ du Quai d'Orsay ?

Michèle Alliot-Marie. Dans les fonctions comme celles que j'ai exercées, on ne se rend compte de ce qui peut manquer qu'au moment où on s'arrête : le repos, la prise de distance, le contact avec les autres. La vie, en somme !

Qu'avez-vous fait depuis ?

Je me suis occupée de ma famille, notamment de ma mère, qui a très mal vécu cette période. Je siège à nouveau au Parlement et j'ai accepté les invitations de mes amis. Et j'ai recommencé à écrire, en particulier sur les classes moyennes.

Mais pourquoi revenir sur la scène médiatique avec ce thème consensuel ?

Ce n'est pas consensuel, c'est essentiel. Les classes moyennes ont l'impression qu'on leur demande toujours tout et qu'en retour, elles n'ont jamais rien. On ne sait pas leur dire merci. Or, elles représentent la majorité des Français. Elles ont construit la France et font vivre notre pays. Je veux être leur avocat, d'abord pour relancer réellement l'ascenseur social, ensuite pour créer un retour lorsqu'on leur demande des efforts. Enfin, pour les défendre contre une technostructure arrogante. Quand, par exemple, on menace des gens de saisie pour des amendes qu'ils ont déjà réglées, c'est quelque chose d'insupportable.

Après l'affaire de la Tunisie, avez-vous des comptes à régler ?

Après quinze ans de ministère - et l'une des plus longues longévités ministérielles, je crois -, je n'ai aucune frustration. Je ne suis pas dans cet état d'esprit.

Et des regrets ?

J'avais engagé un travail de profonde modernisation du ministère pour en faire un instrument de l'influence de la France dans le monde. J'aurais aimé le finir, mais il y a eu une sorte d'emballement médiatique sur des événements où je n'ai commis aucune faute. Ma famille a été harcelée par les médias. J'ai fait le choix de démissionner pour la protéger.

Vous avez pourtant concédé, dans d'autres médias, que vous aviez commis quelques erreurs dans cette affaire…

Ce sont des erreurs de communication, et non des fautes à l'égard du droit ou de l'éthique. J'ai relu tous les journaux, personne ne parlait de mouvements politiques. Il est évident que s'il y avait eu des manifestations à ce moment-là, j'aurais dit : « Non, nous n'y allons pas. » C'est vrai que je n'ai pas anticipé les questions, sachant que cela relevait de ma vie privée. J'ai répondu au fur et à mesure sans jamais mentir, mais cela a pu donner l'impression que j'avais des choses à cacher, ce qui n'était pas le cas.

Avez-vous été victime, selon vous, d'un acharnement médiatique ?

J'ai été victime de ce qui arrive régulièrement en politique. Il faudra, un jour, mener une véritable réflexion sur le fonctionnement des médias.

Est-ce que vous ne payez pas vos relations très distantes avec ces derniers ?

Contrairement à d'autres, je suis très respectueuse de la presse. Je n'ai jamais cherché à l'influencer. Je ne veux pas jouer à un petit jeu qui consiste à faire des indiscrétions sur le Conseil des ministres, ou à dire du mal des autres. C'est peut-être pour ça qu'on me trouve distante.

Changeons de thème. Les opposants de la ligne à grande vitesse disent que vous êtes contre. Les partisans disent que vous êtes pour. Quelle est votre position sur le sujet ?

Je n'ai pas changé d'avis depuis le début : je suis pour le TGV pour desservir la Côte basque. Je suis contre une ligne nouvelle. Je veux une juste utilisation des ressources publiques. C'est une question de logique et de respect vis-à-vis des citoyens. Le TGV doit s'arrêter à Bayonne et à la frontière. Entre l'utilisation de la ligne actuelle et une nouvelle ligne, on gagnera quelques secondes. Est-ce qu'il faut dépenser plus de 1,3 milliard d'euros, et probablement beaucoup plus, pour gagner quelques secondes ? C'est une véritable aberration. Aujourd'hui, je me réjouis de voir que le préfet de région considère qu'il faut attendre les études commandées par les élus avant de prendre des décisions. Alain Rousset souhaite une nouvelle ligne pour que Bordeaux soit à deux heures de Paris et à deux heures de Madrid. Ça voudrait dire que les trains ne s'arrêteraient pas à Bayonne. Ce n'est pas acceptable.

On parle beaucoup de vous pour une candidature à Biarritz en 2014.

N'attendez pas de moi que je dévoile mes intentions. Je ne le ferai que trois mois avant la date de l'élection concernée. J'ai toujours fait des campagnes très brèves, et cela ne m'a pas si mal réussi jusqu'à présent. Et, très franchement, je n'ai jamais parlé de Biarritz. Je ne sais pas d'où sort cette rumeur. Je n'ai pas encore arrêté de décision pour 2014. Je n'y pense même pas.

Dernière question : où allez-vous passer vos vacances, cet été ? En Tunisie ?

(Elle sourit.) C'est comme pour les élections, je n'ai pas encore décidé.

Le Sud Ouest du 070711
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