L'addition de la ligne à grande vitesse Sud-Europe-Atlantique est présentée aux collectivités. Toutes disent oui, Ségolène Royal ajoute un '' mais ''. Cela rappelle ce fameux sketch de Muriel Robin qui s'échine à diviser l'addition sur la nappe d'un resto. Sauf que ce repas-ci n'est pas encore cuit, ni même cuisiné. La ligne à grande vitesse Sud-Europe Atlantique, il faut la payer d'avance. Au menu, il y a 300 kilomètres de voie ferrée à avaler entre Tours et Bordeaux. A un milliard d'euros les 100 kilomètres.
L'addition doit se partager entre le privé et le public. Mais pas à parts égales. Le groupe Vinci, constructeur et concessionnaire de la ligne, se charge d'un tiers. L'État et Réseau ferré de France d'une part, les collectivités locales traversées par la ligne d'autre part, financent le reste.
Ségolène Royal met les pieds dans le plat
En bout de table, les contribuables de la Vienne sont concernés à quatre niveaux : la communauté d'agglomération du Pays châtelleraudais (4,2M€), Grand Poitiers (9,9M€), le conseil général (28,3M€) et le conseil régional (103M€). La première nommée a voté il y a une dizaine de jours. Grand Poitiers et la Région doivent voter aujourd'hui. Le Département votera lundi.
Tous avaient avalé la potion de travers, en 2009, au moment de signer le protocole d'accord avec l'État, mais avaient donné leur accord quand même. A l'heure de signer le véritable chèque, Ségolène Royal vient de mettre les pieds dans le plat. La présidente du conseil régional veut assortir sa participation d'une tripotée de garanties sur les lignes régionales existantes. Et, surtout, elle veut que sa contribution soit considérée comme une avance remboursable à l'État, « parce que ce n'est pas aux contribuables du Poitou-Charentes de payer un aménagement d'envergure nationale ».
L'ingrédient de dernière minute déclenche des grimaces autour de la table. Jean-Pierre Abelin dit comprendre la position de Mme Royal, mais craint qu'elle ne retarde la mise en chantier. Son homologue poitevin, Alain Claeys, ne s'exprime pas publiquement, mais on sait qu'il tord de rage sa serviette de table. Lui aussi a peur que le grain de sel de la patronne de la Région ne fasse boire le bouillon à sa propre ambition de faire de Poitiers un noeud ferroviaire incontournable.
à chaud
Ils ne voteront pas pour la LGV
A gauche, tout le monde ne veut pas monter dans le LGV. D'abord Maryse Desbourdes, du NPA, qui ne concède pas qu'un « investissement pour quelques-uns soit payé par tous ». Ensuite les communistes, qui refusent que l'argent public soit utilisé dans un projet dont le concessionnaire privé, le groupe Vinci, ne paiera que 30 % de l'investissement.
Enfin, les élus d'Europe Écologie, autrefois « globalement favorables » au TGV, ont changé d'avis sur la question, « parce que le contexte a changé ». Eux aussi dénoncent le partenariat public/privé, et craignent que le développement du TGV se fasse au détriment des TER. Selon eux, l'époque n'est plus à la très grande vitesse, mais au maillage territorial plus serré.
en savoir plus
Je te tiens, tu me tiens...
Pour faire entrer les collectivités locales dans le tour de table financier, l'État a disposé d'un argument de poids. La future ligne à grande vitesse passera loin des gares de Poitiers et Châtellerault. Il faut donc construire des raccordements. C'est pour ça que les collectivités, de droite comme de gauche, vont passer à la caisse. Ceci dit, ces raccordements et le maintien de la fréquence des arrêts du TGV ne sont fixés que pour dix ans après la mise en route de la ligne. L'échéance est donc repoussée à 2026, pas plus. Ainsi, à Poitiers, l'emplacement d'une nouvelle gare TGV est d'ores et déjà prévu sur le tracé de la nouvelle ligne, du côté de l'avenue du Plateau-des-Glières, comme cela s'est fait à Lille ou à Reims. Au cas où...
commentaire
Sur la voie de garage ?
Plus de 145 millions d'euros. L'addition de la LGV Sud Europe Atlantique est salée pour les collectivités de la Vienne et le conseil régional. Mais à ce stade du débat, l'important n'est plus de savoir s'ils contribueront ainsi au financement d'une infrastructure d'intérêt national. La question est celle de leur capacité à se donner les moyens d'en faire un levier pour notre territoire. Il en va des lignes à grande vitesse comme des autoroutes. Ceux qui se contentent de les regarder passer n'en retirent que des nuisances. Après avoir raté le train des grandes transversales routières, Poitiers, le département et la région peuvent-ils se payer le luxe de rester sur une voie de garage alors que la LGV leur offre une opportunité de développement qui ne se représentera plus ?
le chiffre
50
C'est, en minutes, le gain de temps escompté sur le trajet Paris - Bordeaux avec la future ligne à grande vitesse SEA.
la phrase
« Décidément, le rôle des femmes dans ce projet (NDLR : de LGV Poitiers - Limoges) est prépondérant. Il a été initié par la femme d'un ancien président de la République et il est aujourd'hui combattu par l'ex-femme d'un futur président de la République... »
Le président socialiste du conseil régional du Limousin, Jean-Paul Denanot, a détendu l'atmosphère de son hémicycle avec cette boutade, il y a quelques semaines, selon nos confrères du Populaire du Centre.
sur le net
Pour et contre
Les promoteurs et les opposants aux projets :
lgvsudeuropeatlantique.org
lgvpoitierslimoges.com
airdenoscampagnes.info
limogespoitiers.com