5 à 600 entreprises de la Vienne pourraient prétendre à une part du gâteau du futur chantier. Mais pour le moment, on est encore dans le flou. Le petit monde du bâtiment, des travaux publics ou des carrières est en ébullition. Dans quelques mois, Cosea, la filiale du groupe Vinci chargée de construire le tronçon de ligne à grande vitesse entre Tours et Angoulême, devrait annoncer ses choix en matière de sous-traitants.
« Ce chantier est stratégique pour notre développement », confirme Denis Toussaint, directeur de l'industrie et des services à la chambre de commerce et d'industrie de la Vienne. La CCI a été chargée de coordonner les relations entre Cosea et les entreprises locales, en liaison avec le conseil général, la Chambre de métiers et les grandes fédérations professionnelles.
'' Le groupe Vinci a tout intérêt à ce que ça se passe bien ''
Et sa tâche s'avère tout sauf facile. En effet, à un peu plus d'un an de l'ouverture du chantier, Cosea n'est toujours que l'attributaire « pressenti » du marché de construction de la ligne Sud Europe Atlantique : les collectivités territoriales censées participer au financement repoussent de mois en mois le moment de signer leur engagement.
Cosea ne peut donc officiellement pas lancer les discussions avec les sous-traitants qu'elle s'est engagée à recruter pour réaliser 20 à 30 % du chantier, toutes prestations confondues. Pour la filiale de Vinci, cette attente n'est pas trop grave : le puissant groupe possède en interne ou avec ses partenaires habituels très largement de quoi mener à bien, le cas échéant, la plus grande partie du chantier.
Pour les entreprises de la Vienne, en revanche, chaque mois qui passe rend plus aléatoire leur mise en concurrence avec les géants du BTP. 200 d'entre elles ont déjà manifesté leur intérêt pour une participation au chantier. Mais Denis Toussaint estime qu'un fichier de 500 à 600 noms devrait pouvoir être mis à disposition de Cosea.
Le problème, c'est que, ne sachant pas exactement quelles sont les exigences du donneur d'ordre, les entreprises de la Vienne ne savent pas non plus ce qu'elles doivent proposer, si elles doivent envisager d'investir, d'embaucher... Cosea a bien distillé quelques informations, mais au compte-gouttes. On sait qu'il lui faudra des constructeurs de murs antibruit, sans autre précision, ou encore des transporteurs. C'est finalement pour les entreprises qui n'interviennent pas directement sur le chantier que les choses sont le plus simple. On sait par exemple qu'il faudra loger et nourrir les milliers d'employés du chantier (1). Les professionnels du secteur peuvent donc déjà préparer leur dossier.
En dépit des incertitudes, la CCI se mobilise et se veut optimiste : « Nous nous sommes mis en ordre de marche pour qu'il y ait un maximum de retombées pour nos entreprises », affirme son directeur général, Yves Louzé, avant de constater : « C'est le premier chantier de LGV que décroche le groupe Vinci. En terme d'image, il a tout intérêt à ce que ça se passe bien. »
(1) Il est ainsi question de construire un restaurant de 250 places aux Montgorges, à côté du nouveau siège de Cosea.
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Le spleen des pépiniéristes
Une profession parmi d'autres illustre la difficulté qu'auront les entreprises locales à se positionner, quand bien même elle ne se situe pas au coeur des métiers mis en oeuvre sur le chantier. Il s'agit des pépiniéristes.
On sait que Cosea va avoir besoin de milliers d'arbres d'essences diverses pour végétaliser les abords de la ligne. On sait aussi que Vinci a pour habitude de se fournir auprès de gigantesques entreprises des Pays-Bas ou d'Espagne. Mais rien n'empêche les pépiniéristes locaux d'espérer se tailler au moins une petite part du gâteau. Rien si ce n'est les impératifs de la nature.
Il faut en effet trois ans pour produire un jeune arbre suffisamment robuste pour être transplanté. C'est-à-dire qu'il est déjà pratiquement trop tard pour mettre les jeunes plants en pépinière. Et plus le temps va passer plus les chances des arboriculteurs locaux risquent de fondre.