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23 février 2012 4 23 /02 /février /2012 11:16

presidentielle-006.jpgMercredi 22 février 2012 : Entretien télévisé de Nicolas Sarkozy sur France 2, retrouvez l'intégralité de l'interview retranscrite ainsi que la vidéo.  


Q. – Comme promis, nous recevons maintenant le président de la République désormais candidat. Bonsoir Nicolas Sarkozy.

R. - Bonsoir.

Q. - On va parler en priorité de votre programme, on a envie de savoir si vous avez des propositions. Mais d’abord, un mot du climat de ce début de campagne, climat tendu. Vous-même vous avez, on peut le dire, lâcher vos coups contre François Hollande. Est-ce d'après vous ce que les Français attendent ?

R. - Je ne sais pas de quoi vous parlez. Pour qu'une campagne soit utile, il faut qu'il y ait une confrontation des idées. Si on ne veut pas être critiqué, il ne faut pas être candidat.

Q. - Ça ne va pas au-delà des idées là ?

R. - Peut-être pourriez-vous me citer un mot ?

Q. – « François Hollande ment », dites-vous matin et soir.

R. - Quand on est candidat et qu'on change de position matin midi et soir, c'est quand même une réalité. Si on ne peut pas dire ça, il vaut mieux être candidat tout seul, comme ça on n'est pas critiqué. Ou alors ne pas être candidat. Moi ça fait 5 ans que je suis président de la République, vous trouvez que je n'ai pas supporté beaucoup de critiques ?

Q. - Il y en a eu.


R. - Et je trouve que c'est normal. Et parfois, ces critiques ont dépassé les bornes. J'ai été traité de voyou, quand on m'a comparé à Monsieur Madoff, 182 ans de prison. Quand récemment, un candidat a parlé de moi en disant « sale mec », je cite, ou quand on a dit, le même, que je n'étais « pas normal ». Je n'y ai attaché d'ailleurs aucune importance.

Q. - Vous ne trouvez pas ça injuste, excessif, déplacé ?

R. - Bien sûr, mais une fois que j'ai dit ça que c'était injuste. Dans la démocratie, voyez-vous, c'est la richesse et la force de la démocratie, il faut que chacun accepte sa part de critiques. Je voyage, je vois Barack Obama, je vois aux États-Unis il a beaucoup de critiques, je vois Madame Merkel, je vois tous les dirigeants, il faut accepter cela et l’accepter avec sang-froid.

Q. – Quand on dit que la campagne est tirée vers le bas, vous pensez que c'est un jugement qui n'est pas fondé ?

R. – Mais c'est ce qu'on dit à chaque fois ! Je pense que pour la campagne soit utile, les Français doivent avoir la possibilité de choisir entre des projets, entre des idées, entre des tempéraments, entre des personnes. Et il est normal que ces personnes débattent. Il y a une tradition anglo-saxonne où il n'y a pas de débats. Le même journaliste interroge les différents candidats côte-à-côte qui ne se répondent jamais. Il y a une tradition française, je trouve vraiment que ça n'a pas franchi les bornes, je pense qu'il faut regarder ça avec sang-froid, avec calme, et peut-être un peu de recul.

Q. - Cela fait une semaine tout juste que vous êtes officiellement candidat, vous avez un slogan, « la France forte ». On vous a entendu parler de vos valeurs, on vous a entendu, je le disais, parler de vos rivaux, on a peu entendu vos propositions, à quelques mesures près bien sûr, on en reparlera peut-être d'ailleurs...

R. - Si vous me permettez de dire, ce n'est pas un slogan, c'est une conviction.

Q. - La France forte ?

R. - J'ai voulu dire aux Français qu'il n'y avait pas de différence entre le destin collectif de leur pays, de notre pays, la France, et le leur. Que pour être protégé, il fallait que la France soit forte. Qu’il ne pouvait pas y avoir d'épanouissement individuel dans un pays qui n'était pas fort. Par ailleurs, je n'ai cessé de faire des propositions qui ont fait débat.

Q. - On parlera du référendum.

R. - Le référendum est une grande proposition : redonner la parole au peuple. En cas de blocage, faire trancher par le peuple, c’est une proposition. J'ai demandé par ailleurs que toute personne au chômage qui n'a pas de chance raisonnable de pouvoir trouver un emploi, soit tenue de prendre une formation, une formation qualifiante, et qu'à l'issue de cette formation, elle soit tenue de prendre un emploi qu'on lui propose. C'est une proposition considérable.

Q. - Puisque vous parlez de référendum, n'y a-t-il pas un problème de cohérence ? Regardez ce que vous en disiez vous-même en mars 2007, dans une interview à l'hebdomadaire l'Express. On va relire ces propos « Croyez-vous que si je suis élu, je vais aussitôt dire aux Français, excusez-moi, j'ai besoin de vous demander votre avis sur un autre sujet ? ». Autrement dit, vous sembliez indiquer que la présidentielle en elle-même doit trancher les grands sujets de réformes et qu'il n'y a pas lieu ensuite de consulter les Français. Vous avez changé d'avis ?

R. – Si vous voulez être tout à fait honnête et précis, durant mon premier quinquennat, j'ai sollicité l’avis des Français deux fois par référendum : pour la collectivité unique en Martinique et pour la collectivité unique en Guyane.

Q. - Ce n'était pas des référendums nationaux.

R. - Vous pensez qu'ils sont moins français que les autres ?

Q. - Pas du tout, mais ce n’étaient pas des référendums qui concernaient l’ensemble du territoire.

R. – C’est un référendum. Ministre de l'intérieur, j'avais sollicité l’avis des Corses sur la collectivité unique. La proposition dont vous faites état se rapportait au référendum de 2005 sur l'Europe où les Français avaient dit non. J'avais dit que je trouverais les solutions pour débloquer la situation mais que je ne ferais pas un référendum. Il se trouve qu’à l'époque Madame Royal voulait en faire un.

Q. – Là vous étiez interrogé sur le référendum d’une manière générale…

R. – Et quand il y a blocage, j'ai toujours pensé qu'on faisait trancher le blocage en redonnant la parole au peuple de France. Qu'y a-t-il de non républicain à cela ?
Q. – Rien, mais vous sembliez penser l'inverse il y a 5 ans.

R. – Ce n’est pas vrai. J’ai toujours milité dans la famille gaulliste et dans la tradition de la famille gaulliste le référendum a toujours eu une importance.

Q. - Vous n'avez pas changé d'avis ?

R. - Je peux changer d'avis sur beaucoup de sujets, parce que la vie évolue, parce que ce n'est pas un drame de changer d'avis. En tout cas sur le référendum, non. Après, cela dépend de la question. Je n'ai pas dit qu'il fallait gouverner en choisissant systématiquement la voie référendaire. Je dis par exemple que sur la question centrale de l'immigration, si on veut que les républicains puissent en débattre de façon raisonnable, responsable, mesurée. Notamment sur l'affaire des deux juges qui traitent la même question, il est normal de rendre la parole au peuple français s'il y a blocage.

Q. - On ne risque pas d'opposer les uns aux autres sur des sujets aussi sensibles ?

R. - Trancher un débat, donner la parole au peuple, ce n'est pas opposer, c'est au contraire prendre une décision, prendre une décision sur un sujet sensible, c'est la seule façon de conduire un pays. Pourquoi, vous pensez qu'il faut prendre des décisions que sur les sujets qui n'intéressent pas les Français ? Et qu'eux-mêmes ne sont pas assez intelligents pour donner leur opinion sur la formation des chômeurs, sur notre système d'indemnisation du chômage, ou sur la politique d'immigration qu'ils souhaitent voir ?

Q. - On a parlé d'indemnisation du chômage...

R. - Si ce n'est pas les Français à qui on demande leur avis, à quoi doit-on le demander ?

Q. - Aux partenaires sociaux peut-être, mais c'est vrai que ça figure en préalable du référendum. Y a-t-il dans votre projet d'autres propositions concrètes sur ce thème de l'emploi, du travail ou bien finalement, est-ce que votre projet c'est la continuation de ce que vous avez fait pendant 5 ans ?

R. – Non. Forcément, si les Français me font confiance, si je devais conduire un deuxième quinquennat, forcément il est différent du premier. D'abord parce qu’on apprend soi-même, et deuxièmement parce que le contexte n'a rien avoir. Tout part d'une conviction qui est la mienne, c'est que le monde, l'Europe et la France connaissent depuis trois ans des crises sans précédent. Que nous avons tous les atouts pour surmonter ces crises. Mais pour cela, il faut un pays fort, et la réponse à la crise, c’est valoriser le travail.

Q. - Comment ?

R. - Nous avons pris une décision avec François Fillon qui est au vote du Parlement ce mois-ci, qui est d'alléger puissamment les charges payées par les entreprises pour améliorer la compétitivité de nos entreprises, et arrêter les délocalisations qui font se vider la France de son sang industriel.

Q. – Ça, c'est la TVA sociale. Même si vous n'aimez pas ce terme.

R. – Non, c'est la TVA anti-délocalisation. Il faut que les Français comprennent que si ce qu'on fabrique en France est plus cher que la même chose fabriquée ailleurs, les emplois se délocaliseront. Il faut donc absolument qu'on gagne de la souplesse, et qu'on puisse alléger les charges qui pèsent sur le travail ce qui permettra de garantir les salaires. C'est ce que nous avons décidé. Quand il y a eu ce débat, puisque c’est une décision qui a été votée à l'Assemblée nationale il y a deux jours, beaucoup de Français m'ont dit : « mais, au fond vous allégez les cotisations, les charges payées par les entreprises sur le travail, mais vous n'allégez pas les cotisations, les charges payées par les salariés sur leur salaire ! » C'est vrai. Et c'est la raison pour laquelle je fais ce soir la proposition aux Français, au fond de réformer complètement la prime pour l'emploi. La prime pour l'emploi a été inventée il y a une dizaine d'années. Elle devait permettre, en tout cas aux origines, à quelqu'un qui reprenait un emploi, de ne pas perdre la totalité de ses allocations, pour que reprendre un emploi soit toujours plus « payant » que d'être dans l'assistanat. Or cette prime ne marche pas. Elle consiste à distribuer en moyenne 450 euros par an à 6 000 000 de Français qui ont repris un emploi. Et elle est touchée une fois par an, avec un an de distance. Je propose de la réformer complètement, et d'ajouter autre chose. Je propose que pour les 7 000 000 de salariés français qui sont entre 1 et 1,2 SMIC – c'est-à-dire qui gagnent entre 1200, 1400, 1500 euros –, on supprime des charges qui sont aujourd'hui sur leur salaire pour augmenter le salaire net. En redéployant la prime pour l’emploi et en faisant en sorte que la fiscalité aujourd'hui payée sur les dividendes soit payée au même prix que la fiscalité sur le travail, ça nous permettrait d'alléger pour 7 000 000 de personnes, 4 milliards d’euros de charges, ce qui permettrait d'augmenter le salaire d'un peu moins de 1000 euros par an sur la feuille de paix. Et surtout, ça permettrait de répondre à une question qui m’est posée sans arrêt par les Français : « Comment se fait-il que nous qui travaillons dur, je parle des petits salaires, il nous arrive de rencontrer des gens qui ne travaillent pas, et qui au fond ont des revenus supérieurs au nôtre ? ».

Q. - Pour qu'on comprenne bien, ce serait aux employeurs qui toucheraient d'une certaine manière cette manne venant des dividendes...

R. - Non qu’on comprenne bien, on prendra les 2,5 milliards d’euros que coûte la prime pour l’emploi et on y ajoute 1,5 milliard d’euros de prélèvements sur les revenus financiers pour les mettre au niveau des revenus du travail. Ça fait 4 milliards d’euros parce que je ne veux bien sûr pas dégrader d'un centime le déficit de la France, on n'a pas les moyens, il faut être raisonnable. Ces 4 milliards d’euros, on les enlève de la feuille de paix de 7 000 000 de salariés dont les salaires sont entre 1200 et 1 450 euros.

Q. – Et si les employeurs décident de garder l'argent pour eux ?

R. – Non, ils ne peuvent pas, parce que sur la feuille de paix il y a les cotisations payées par les employeurs, c’est le problème des employeurs, et les cotisations que vous payez vous en tant que salariés de France Télévisions. C’est prélevé, vous payez des cotisations.
On supprime ces cotisations. Pourquoi ? Pour que la feuille de paix augmente, pour que le travail soit davantage rémunéré que l'assistanat, pour que tout le monde soit encouragé à reprendre un travail. Et c'est une question qui m'a été posée : « vous favorisez la compétitivité des entreprises, les gens peuvent le comprendre parce que c’est l'emploi, il faut également favoriser le travail des salariés... »

Q. - Notamment des bas salaires.

R. – Oui, notamment des bas salaires. Voilà une proposition qui ne dégradera pas le déficit, et qui permettra, grâce au recyclage de la prime pour l’emploi et à l’augmentation de la fiscalité sur les revenus financiers, de faire 4 milliards d’euros d'économies prélevées aujourd'hui sur le salaire de 7 000 000 de salariés au niveau de 1200-1450 euros.

Q. - Ce sera la disposition essentielle de votre programme ?

R. – Non, il y en a une autre très importante à mes yeux, c’est la question du RSA. Avec François Fillon, nous avons créé le RSA.

Q. - Et vous avez dit qu'il ne vous donnait pas entièrement satisfaction.

R. - C'est vrai, il faut le reconnaître, c’est-à-dire que le RSA coûte 10 milliards d’euros à la collectivité et aide 1 800 000 foyers, c’est bien. Le RSA a rempli parfaitement son travail comme lutte contre l'extrême pauvreté. Il y a 150 000 personnes. J'entendais votre reportage : quelqu'un disait : « quand on perd deux clients, on peut se retrouver à la rue ». Non ! Parce qu’en France, à la différence des États-Unis, il y a ce qu'on appelle des filets de protection.

Q. - Le RSA.

R. - L'État, la Sécurité sociale ne vous laissent pas tomber, dont le RSA. Mais il y a un problème avec le RSA, c’est que pour lutter contre la pauvreté, c’est efficace, pour réinsérer les gens dans le marché du travail, ce n’est pas suffisant. Je propose donc qu'on généralise l'expérimentation que nous avons faite : quelqu'un qui est au RSA, qui n'a pas d'emploi et qui n'est pas en formation, devra faire sept heures de travail d'intérêt général par semaine, rémunérées au niveau du SMIC. Je pense que vis-à-vis de ceux qui travaillent et qui paient les 10 milliards d’euros par leurs cotisations, c'est la logique des droits et des devoirs. Et tous les ans, celui qui a un RSA, on évaluera sa situation. Est-ce qu'il recherche un emploi ? Suit-il une formation ? Est-ce qu’il a fait le travail d'intérêt général ? S'il n'y a pas de problème, il continuera à avoir le RSA.

Q. - Je crois que l'expérience est menée dans deux départements ?

R. - Dans quelques départements.

Q. - Vous n'attendez pas la fin de l'expérimentation ?

R. – Cette expérience est un succès, mais surtout il faut que vous compreniez une chose, les Français sont généreux et les Français sont solidaires. Mais il y a un sentiment d'injustice double, l'injustice devant certains salaires et je le comprends, je vais en dire un mot. Et puis il y a l’injustice de celui qui a 1200, 1300, 1400 euros sur qui on prélève des charges, qui est tout à fait d'accord pour jouer le jeu de la solidarité, mais qui demande de ceux qui sont dans la situation d'être aidés par la collectivité nationale, des devoirs en échange de droits que personne ne leur conteste.

Q. - Injustice des hauts salaires, ça veut dire que vous envisagez de les encadrer ?

R. - Oui.

Q. - Vous parlez des salaires des dirigeants ?

R. - Il faut dire une chose. D'abord, ça ne concerne pas l’immense majorité des chefs d'entreprises qui sont des gens raisonnables, mais il y a une infime minorité qui a beaucoup choqué les Français en faisant vraiment n'importe quoi. J'ai pensé un moment qu'on pouvait en appeler à la responsabilité.

Q. - Vous en avez parlé au discours de Toulon...

R. - Et ça il faut bien le dire, il y a des gens on se demande à quoi ils réfléchissent. Je vais proposer aux Français la chose suivante. Dorénavant, les rémunérations des plus hauts dirigeants devront être votées, non pas par le conseil d'administration – où, en général, il y a beaucoup d'amis – mais par l'assemblée générale des actionnaires. Les rémunérations des dirigeants devront être publiées dans les documents légaux que doit publier l'entreprise. Et enfin, que le comité de rémunération, qui fixe la rémunération des plus hauts dirigeants, il y ait systématiquement un représentant des salariés. Il est normal que les salariés d'une entreprise puissent donner leur opinion sur le salaire de celui qui, tout en haut, dirige cette entreprise. J'ajoute deux derniers mots maintenant, il faut interdire les retraites-chapeaux.

Q. - Les interdire purement et simplement ?

R. - Les interdire.

Q. - Par la loi ?

R. - Bien sûr, c'est le seul moyen de l'interdire. On a beaucoup augmenté la fiscalité, mais là encore, et je le dis très simplement, il y a une partie des dirigeants qui ne veulent pas comprendre que le monde d'aujourd'hui est différent, qu'il y a des choses qui choquent, et qu'on ne peut pas accepter. Au fond, je parle des retraites-chapeaux des hauts dirigeants...

Q. - Très grands dirigeants.

R. - Parce ce qu’il peut y avoir des retraites-chapeaux pour un certain nombre de cadres intermédiaires, je ne vise pas cela.

Q. – Pour que ce soit clair, une loi pour interdire les retraites-chapeaux des grands dirigeants ?

R. - Et les parachutes dorés. Après tout, quand on est salarié d’une entreprise, on n’a pas le droit à une retraite-chapeau, on n’a pas le droit à un parachute doré. Il faudra les interdire. Enfin, dernier élément sur le travail auquel je tiens beaucoup, il faut absolument qu'on débloque la situation des jeunes par rapport à l'emploi. Et il y a une réponse et une seule, c’est l'apprentissage. Après en avoir beaucoup parlé avec un certain nombre de gens qui connaissent bien ce sujet, notamment Claude Allègre, je voudrais proposer un complément à la réforme du bac professionnel : que la troisième année soit systématiquement en apprentissage, en alternance, dans l'entreprise. Rien que cette décision, ça ferait 250 000 jeunes de plus en entreprise. Comme nous avons par ailleurs renforcé l'obligation des entreprises pour faire la place aux jeunes en apprentissage, le travail, l'effort, le mérite, c'est la réponse à la crise.

Q. - Deux questions encore, peut-être plus personnelles.

R. - C'est très personnel aussi !

Q. - C'est votre programme. Mais en ce qui concerne vous-même, vous avez indiqué il y a quelques jours : « J'ai commis des erreurs ». Sans dire lesquelles. Est-ce que le candidat Nicolas Sarkozy souhaite maintenant évoquer ses erreurs ? Est-ce que vous le ferez dans la campagne ?

R. - On m'a posé 2 questions. Je suis très heureux de l'importance qu’on donne à ces déclarations, mais c'est extraordinaire. Y a t-il une personne qui nous regarde qui puisse se dire « je n'ai pas commis d'erreur » ? On m'a posé la question, si c'était à refaire, est-ce que vous feriez les choses exactement pareil, je réponds non.

Q. - Mais vous n'avez pas dit lesquelles.

R. - Attendez, j'ai répondu non parce que c'est normal, il faut être honnête, il faut dire les choses, parce qu'on n'a pas tout réussi. J'ai essayé de me donner le plus de mal possible, je me suis engagé dans mes fonctions à un point que vous n'imaginez pas. Tout n'a pas marché, tout n'a pas fonctionné. S'il y avait des choses à refaire différemment, je les referais différemment. Pour dire simplement, j'ai appris ma fonction de président. Vous savez, vous sortez d'une campagne, les Français vous font confiance et tout d’un coup, vous vous retrouvez, d'une minute à l'autre, avec le poids de la cinquième puissance du monde sur les épaules. On découvre. J'avais au début une réaction de ministre, la réactivité, l'émotion, la rapidité. J'étais déjà président, c'est-à-dire la distance, la lucidité, le sang-froid. Ce ne sont pas les mêmes qualités. Donc oui.

Q. - Allons un peu plus loin, certains disent que ce qu'on vous reproche, vos adversaires mais aussi certains de vos amis, c'est plus de l'ordre du comportement de président, que de la politique. Il évoque certains symboles du début de votre quinquennat, notamment la soirée au Fouquet’s, vous n'avez jamais vraiment évoqué ces sujets-là. Pourquoi ? Est-ce que vous regrettez cet épisode-là ?

R. - Bien sûr, franchement, si c'était à refaire, je ne reviendrais pas dans ce restaurant, puisque ça a été vraiment le feuilleton. J'aurai l'occasion d'en parler aux Français. Mais franchement, si après trois années de crise, cinq années de mandat, c’est la grave erreur qu'il faut que je confesse...

Q. - Un symbole.

R. - Monsieur Pujadas, quand je revois l'histoire de la Ve République avec un certain nombre de scandales retentissants, du Rainbow Warrior, de visites de chefs d’État français à des dictateurs, ou de réception du général Jaruzelski ou des choses comme ça... Mais enfin, je dois assumer ma part de responsabilités. On m'a posé une deuxième question, on m’a dit : « Est-ce que ça vous arrive de penser à l'échec, et d'imaginer l’échec ? » Mais bien sûr, je vais à cette campagne comme candidat, je dis aux Français que j'ai besoin d'eux pour que la France soit forte, mais le jour où on imagine que l’échec n'est pas possible, alors ce jour-là, dans sa vie personnelle comme dans sa vie professionnelle, on perd ce à quoi on est attaché. Les choses sont fragiles, Monsieur Pujadas.

Q. - Toute dernière chose, vous vous apprêtez à publier un livre, est-ce que vous en avez le titre et quel en sera le propos ?

R. – Mais vous êtes mieux informé que moi ! Je n'exclus pas cette possibilité, mais ce n'est pas le moment. Et je voudrais vous dire une chose qui est assez complexe, c’est que les Français souffrent, il y a la crise, les Français ont envie qu'on parle d’eux, pas de moi. Et en même temps, je comprends parfaitement votre question.

Q. - C'est aussi une curiosité qu'ils ont peut-être...

R. - Mais bien sûr, naturellement. J'étais dans une usine, on déjeunait à la cantine de chez Alstom, qui est une entreprise que j'aime beaucoup et les personnes avec qui je déjeunais m’ont posé beaucoup de questions sur moi, sur mes habitudes. Mais il faut à la fois dire sa vérité et en même temps comprendre que ce n'est pas le cœur du débat. Le cœur du débat, c'est notre pays, c’est l'avenir des Français, c’est la réponse aux angoisses qu'ils ont, comment on va leur trouver un emploi, comment on va améliorer la sécurité, comment on va réduire les déficits de la France. C’est tout de même extraordinaire tout ça. Je fais campagne, en vérité... Vous parliez de Monsieur Hollande tout à l'heure, il ne propose pas une seule économie. Hier à l'Assemblée nationale, je pensais que l'ensemble de la représentation nationale voterait à l'unanimité le traité européen, il m'est arrivé de voter les textes de François Mitterrand sur l’Acte unique, sur la monnaie unique. Pourquoi ? Parce que c'est la France. Quand vous pensez que Monsieur Hollande et ses amis se sont abstenus.
C'est-à-dire même l'Europe devient quelque chose où ils ne s'engagent pas parce que c'est moi qui propose.

Q. - On termine par là où on a commencé.

R. - Vous vous rendez compte. Chacun d'entre nous, on a nos convictions, on n'est pas pareil, on a nos idées, il faut les défendre avec force. Mais il y a des sujets qui doivent transcender l'intérêt général. Sur l'Europe, quand vous pensez que c'est la fille de Jacques Delors, grand européen, qui est à la tête du Parti socialiste et que le Parti socialiste s’abstient. Mais vous imaginez, les vingt-sept pays, il y a des socialistes à la tête de ces pays, qui ont voté le traité. Il faut prendre ses responsabilités, il faut avoir un minimum de courage. Tout n'est pas dans l'esprit partisan ou dans la bataille politicienne.

Q. - Merci Nicolas Sarkozy d’avoir accepté notre invitation ce soir.

R. - C'est moi que vous remercie de m'avoir invité.

La France Forte

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