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TGV : l'autre menace

TGV_1020.jpgDépartement et agglomérations d'Angoulême et Cognac débloquent la première tranche de leur participation financière mais se préparent à bloquer les voies s'il le faut.

Dans le bras de fer avec la SNCF pour une meilleure desserte d'Angoulême après le 11 décembre, les collectivités charentaises ont marqué des points. Hier, elles ont donc annoncé qu'elles débloquaient le premier versement d'argent dû pour le chantier de la ligne à grande vitesse (LGV). Le gel de cet argent leur avait servi d'arme pour décrocher davantage de trains, davantage d'arrêts (notre édition du 11 novembre) pendant la période de travaux sur la « vieille » ligne TGV. Mais il reste un gros point de discorde. Et pour obtenir satisfaction, les élus ont brandi hier une nouvelle arme : ils ont menacé de bloquer les voies.

« Si cette première partie de la bataille du rail a été gagnée, on n'a pas non plus gagné la guerre », a pointé Robert Richard, à la tête de l'agglomération cognaçaise, qui ne digère pas, comme ses collègues des autres collectivités, « le désert ferroviaire de quatre heures » le matin.

Les travailleurs pendulaires sacrifiés

Ils sont au moins une cinquantaine de « Bordelais », tous les matins, à prendre le train pour venir travailler à Angoulême et faire le trajet inverse le soir à la débauche. Ils travaillent dans les administrations, tribunal, douanes, finances, les collectivités territoriales, les hôpitaux, ou dans les entreprises du Pôle image.

Leur conjoint a le plus souvent un travail à Bordeaux, où ils habitent. Eux, ils sont venus à Angoulême parce que c'est le travail le plus proche qu'ils aient trouvé, à la suite d'une mutation de la fonction publique ou d'une promotion.

La nouvelle grille horaire affichée par la SNCF à partir du 11 décembre n'a pas pris en compte ces travailleurs pendulaires dont la vie, pour certains, va devenir impossible. Ils sont en train de s'organiser pour se faire entendre. Hier, le JT de 13 heures de TF1 leur a servi de porte-voix.

Leur plus gros souci ? Fini les trains entre 7 heures et 8 heures du matin au départ de Bordeaux : cela signifie pour beaucoup non seulement se lever aux aurores pour venir au travail, mais aussi patienter dans un café à Angoulême, parfois plus d'une heure, avant que leur bureau n'ouvre. La nouvelle grille propose le matin trois trains en vingt minutes, à 6 h 17, 6 h 22 et 6 h 48 et… rien après (le prochain à 10 h 36).

Pas question non plus de revenir très tôt à Bordeaux. La grille, contrairement à aujourd'hui, présente un beau « trou » l'après-midi. Premier train à 16 h 20, arrivée à Bordeaux à 17 h 39.

Ces salariés ont envoyé des lettres aux élus du Conseil général et de Grand-Angoulême pour les sensibiliser à leur situation. Le train, ça sert aussi à aller travailler tous les matins.

Après le 11 décembre, en effet, aucun train ne dessert Paris Montparnasse en partant d'Angoulême entre 8 h 13 et 12 h 08.

Or, les présidents du Département, de Grand-Angoulême, et de l'agglomération de Cognac ne sont pas nés de la dernière pluie. Ils ont repéré, durant ce créneau horaire, un train qui passe par Angoulême, sans s'y arrêter. Il s'agit du train partant de Bordeaux à 8 h 13.

Dès le 12 au matin

Michel Boutant, président du Conseil général, Philippe Lavaud pour Grand-Angoulême, et Robert Richard pour l'agglomération de Cognac exigent un arrêt. Si la SNCF ne fait pas preuve de coopération, « le train du 12 au matin pourrait quand même s'arrêter à Angoulême », ont-ils menacé hier, très calmement, mais très clairement. Comme ils l'avaient fait pour défendre la gare de Ruffec en solidarité avec Bernard Charbonneau, comme l'a fait ce week-end l'ancien ministre des Transports Dominique Bussereau pour défendre sa gare de Pons, les Charentais se préparent donc à bloquer les voies, s'il le faut, en gare d'Angoulême.

« Nous continuons la lutte sous une autre forme, a résumé Michel Boutant, pour le Conseil général. Il y a des Robin des bois, des Robin des toits, il y aura des Robin des voies. »

Invitation à dîner

Mais peut-être qu'il n'y aura pas besoin d'en arriver là : Michel Boutant et Claudy Lebreton, président (socialiste) de l'Assemblée des départements de France, sont invités à dîner par le président de la SNCF, Guillaume Pepy, le mardi 22 novembre.

Et devinez ce qui alimentera les conversations…

Cette invitation peut être analysée, du reste, comme un aveu du traitement particulièrement sévère infligé à la Charente dans la nouvelle grille horaire. Car, a fait remarquer hier avec un petit sourire malin le président du Conseil général, tous les départements qui ont vu leur desserte réduite n'ont pas reçu d'invitation à dîner…

Du genre courtois, les présidents charentais vont, avant de fourbir leur nouvelle arme, commencer par écrire à dame SNCF pour lui expliquer de manière polie « qu'il y a encore des efforts à faire sur les trains du matin. »

L'enjeu est aussi économique. « La gare d'Angoulême, actuellement, c'est un million et demi de passagers par an », a rappelé hier Philippe Lavaud, le président de Grand-Angoulême. Et le monde économique charentais, semble-t-il, regarde avec attention et inquiétude la nouvelle grille horaire.

Le Sud Ouest
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