Porte d'entrée de Toulouse, le quartier de la gare Matabiau, qui doit être réhabilité avec l'arrivée du TGV vers 2020, fait toujours pâle figure. Au grand dam des riverains qui déplorent toute une série de maux.
Débris de verre, papiers, journaux et même enjoliveur… ce matin-là, les sages magistrats du tribunal administratif de Toulouse doivent enjamber, sur un trottoir maculé comme un champ de bataille, toute une série d'obstacles avant de pousser leur porte, à l'angle du canal du Midi et de la rue Raymond IV. Ils y sont habitués.
À deux pas, dans la petite rue Chevreuil, derrière la Comtale, l'imposante pyramide blanche aux apparts chics, Xavier, le gardien, lave le trottoir au jet d'eau. « A 8 heures, c'est la catastrophe : papiers, bouteilles, paquets de cigarettes, excréments, préservatifs, seringues dans les jardinières… C'est mon quotidien », constate-il, mi-amusé, mi-consterné. Sa journée commence parfois avec un coup de fil à la police municipale « quand les SDF dorment sur le parvis ». Puis, à 17 heures, « quand je pars, c'est pareil. »
Onze millions de voyageurs
Porte d'entrée de Toulouse, le quartier de la gare, qui doit être rénové avec l'arrivée de la Ligne à grande vitesse vers 2020, fait toujours triste figure. Trente-huit mille voyageurs arpentent Matabiau chaque jour. Onze millions par an avec le seul trafic régional. Et que disent les touristes en arrivant ? « Ils sont choqués par le nombre de SDF. Je ne dis pas que ceux-ci importunent mais ils effraient. Les clients demandent s'ils risquent quelque chose. » Propriétaire de l'hôtel Phoenicia depuis 10 ans, face à la gare, Michèle Froissard sait bien que cette question n'est pas facile à régler. Mais elle constate.
D'ailleurs, il n'y a pas que les sans-abri. Pour Patricia, une habitante de la rue Bayard, « les SDF dérangent » mais la violence vient « des bandes qui règlent leurs comptes le matin ». Sans attendre le petit jour, mardi dernier, c'est vers 23 heures qu'une bagarre a éclaté devant un bar avec les chaises de la terrasse.
Dans un hôtel resto de la rue Bayard, mercredi dernier, à midi, un jeune homme, sans bagage, se penche sur le comptoir comme pour glisser une confidence et demande une chambre. Refus poli de l'employé qui ne veut pas de « trafic », glisse-t-il plus tard. « Le quartier est pourri, poursuit-il. Je pensais qu'avec la fin de l'Étincelle (le bar de nuit a fermé il y a quelques années, NDLR), ça changerait. C'est toujours pareil. »
Un peu plus bas rue Bayard, Daniel Billard, président d'une association de 130 commerçants et riverains, a mis les pieds dans le plat en testant récemment les patrouilles de « surveillants vigiles ». « Ils ne sont pas là pour faire la police, insiste-il. Nos adhérents diront s'ils veulent poursuivre. »
À l'écluse Bayard, Richard Munos, propriétaire des péniches l'Occitania et le Capitole, a ouvert cet été une agence commerciale : « Il y a un décalage énorme entre les milliers de personnes qui passent et le manque d'entretien du quartier », juge-t-il, surpris par les grilles qui encagent toujours une partie du canal. À l'hôtel Ibis, face à la gare, Jean-Michel Rancoule, le patron, a choisi d'investir rue Bayard en transformant l'Étincelle en restaurant. Il sait que le quartier va être réhabilité. « La question, observe-t-il, c'est quand ? »
La Dépêche du Midi