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“On nous écoute pour la première fois”

TGV_904.jpgJusqu’à présent, ils s’égosillaient dans le vide. “Mais depuis la semaine dernière, on a le sentiment d’être écoutés. Pour la première fois”. Reçus par le ministre des Transports, Thierry Mariani, mercredi, puis par les autorités préfectorales et RFF vendredi, les élus anti-LGV du Pays Basque Nord ont salué hier l’avènement de cette oreille (enfin) attentive. Une amorce de dialogue, matérialisée par plusieurs “avancées importantes”.

Les présidents des Communautés de communes Errobi (Paul Baudry), Nive-Adour (Roland Hirigoyen) et Sud Pays Basque (Michel Hiriart, excusé en raison des inondations à Ciboure), accompagnés du conseiller général de Saint-Pierre-d’Irube Alain Iriart, se sont réjoui de la création d’un observatoire du trafic, de l’arrêt probable des sondages (voir nos éditions précédentes), de “l’écriture dans le communiqué de presse concernant la réunion avec Thierry Mariani, qu’une nouvelle ligne ne sera créée au Pays Basque que quand les lignes actuelles seront saturées” ou encore du lancement des travaux de protection phonique sur la voie existante.

Conjonction de facteurs

Autant d’annonces “signifi-catives”, marquant un virage (avant le demi-tour ?) dans le dossier de la grande vitesse au Pays Basque. “C’est le résultat du travail de fond que nous avons mené depuis des années”, a estimé Paul Baudry. “La création de l’observatoire des trafics faisait partie des préconisations de Mme Meaux, à notre demande”, a quant à lui rappelé Roland Hirigoyen.

Sans aucun doute. Mais ce coup de frein est également le fruit d’un retournement d’opinion plus global : “Tous les rapports effectués en 2011 mettent en doute les prévisions de trafic, que ce soit le rapport parlementaire fait par un élu ou celui de la Cour des comptes. Aujourd’hui, tout le monde dit que la priorité est l’amélioration des voies existantes. En 2006 [année du débat public, ndlr], on n’entendait pas ça. Ces éléments n’apparaissaient jamais. Ils sont maintenant publics”, a souligné Alain Iriart.

Enfin, et peut-être surtout, les caisses des deux Etats concernés par le projet sont vides : “L’Espagne est en situation de fragilité extrême, pas en situation de financer ces projets. La France doit réduire ses déficits. Elle a du mal à faire passer son taux de 9 à 3 %”, a rappelé le conseiller général abertzale.

“Le côté humain qui réagit”

Pour autant, la construction de la nouvelle voie ferroviaire n’est pas abandonnée. En atteste la dernière hypothèse de tracé présentée par RFF aux élus vendredi matin. D’après M. Stefanini, préfet de Région, “un certain nombre” d’édiles aurait posé des questions et émis des suggestions quant à “d’autres possibilités” de passage du parcours “sur le territoire de leurs communes”. “Quand on nous présente quelque chose, c’est le côté humain qui réagit”, a reconnu Paul Baudry à l’évocation de cette séquence. “On pose des questions, on s’informe, mais on n’est pas dans l’optique d’une concertation sur le tracé”, a de son côté garanti Alain Iriart.

Désormais “concertés” sur la question du trafic, les opposants veulent en profiter pour faire valoir leurs arguments. “Le fond du problème, ce sont les chiffres. A ce titre, cet observatoire est essentiel. Si demain, on arrive à prouver que les chiffres donnés par RFF sont hilarants, on aura fait un très grand pas”, a avancé Paul Baudry. Pour cela, les élus demeurent attentifs à ce que cet observatoire soit consitué - théoriquement à partir d’octobre - de manière juste : “Nous avons des interrogations quant à la composition et au fonctionnement de cet observatoire”, a expliqué Alain Iriart. “Nous souhaitons que les élus soient intégrés, qu’ils ne soient pas mis sur un strapontin à regarder les études faites par d’autres”.

Préparés à attaquer la DUP

Roland Hirigoyen a enfin demandé que “soit dissociée l’enquête publique de DUP du tronçon Bordeaux-Bayonne de celle du tronçon Bayonne-Espagne [actuellement, une seule serait prévue, en 2013, sur le parcours Bordeaux-frontière] afin que cette dernière soit repoussée”. Une affaire de logique : pour faire à nouveau le point sur le trafic et la nécessité d’une nouvelle ligne, un observatoire digne de ce nom aura besoin d’un peu plus de temps. Sur ce point, les élus préviennent donc : la concertation naissante n’achète pas leur silence. “Si nous n’obtenons pas gain de cause par rapport à la DUP, nous nous préparons à l’attaquer. Cela peut aller très loin, jusqu’au Conseil d’Etat”, a averti Alain Iriart.

Le Journal du Pays Basque

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