Ils craignent le défilé anti-LGV du 11 décembre, jour important pour le tiroir-caisse. La manifestation bayonnaise ne ferait pas les affaires de ceux qui font des affaires. Jean-François Duprat, président de l'Union commerciale et artisanale de Bayonne (Ucab), en a brisé sa biscotte, hier matin. Par voie de presse, il a découvert l'appel à défiler contre le projet de ligne à grande vitesse (LGV) au sud de Bayonne, lancé par des élus du Pays basque et les associations impliquées. « Le 11 décembre », se lamente-t-il. « Deux semaines avant Noël, l'un des plus gros samedis de l'année pour les commerçants ! » Le café est par terre, avec les éclats de la biscotte.
Le représentant des marchands du centre-ville ne dénonce pas l'appel à manifester sur le fond. Il est « plus que proche de leur point de vue ». Mais le « timing » le chiffonne. D'autant que le calendrier aggraverait, selon lui, les dégâts collatéraux du défilé sur le négoce local. « Cette année Noël tombe un samedi. D'habitude, les deux week-ends qui précèdent sont les plus importants de l'année. Donc le 11. »
La chenille
Son homologue président de l'Office de commerce, Yves Brillaxis, confie la même inquiétude. « Nous n'avons rien à dire sur le motif de la manifestation. C'est un droit de manifester, point barre. Mais on sait que l'accès à la ville risque de s'en trouver perturbé. » « Et puis il y a les stationnements », soupire Jean-François Duprat. Les deux commerçants n'ont pas oublié la précédente mobilisation bayonnaise contre le projet LGV et ses plus de 10 000 processionnaires en colère.
Voilà pourquoi les commerçants attendent avec une certaine anxiété de connaître le parcours du cortège. Il faut dire que cet après-midi-là, l'Ucab a prévu des animations dont… « la bête ». Oui, la chenille géante animée qui doit parcourir les rues du centre aimerait se montrer fidèle à sa réputation de partir toujours à l'heure. « On a déjà dû annuler des animations la semaine dernière à cause des intempéries, pour les reprogrammer », déplore Jean-François Duprat.
« Ménager le centre »Pas question cette fois-ci. « Tout est maintenu », insiste aussi Yves Brillaxis. L'Office de commerce est entré en contact avec la sous-préfecture pour « tenter d'amener les organisateurs de la manifestation à ménager le centre-ville et l'activité commerciale ». La voix de l'Office ne doute pas d'un travail en bonne intelligence et cela sonne comme une prière : « C'est certain que l'on aurait apprécié que les organisateurs entrent en contact avec l'Office pour discuter d'une articulation intelligente. Mais nous savons que nous partageons avec les maires la préoccupation du développement économique de nos cités (lire par ailleurs). »
Jean-François Duprat se demande pourquoi diable, « c'est toujours à Bayonne que l'on manifeste » ? Rappelons tout de même la grosse contestation de la LGV déployée dans les rues d'Hendaye. Mais la sous-préfecture sera toujours ce support symbolique de la protestation populaire. Les commerçants, par leur inquiétude brandie, ne craignent-ils pas d'apparaître comme recroquevillés sur l'intérêt particulier devant ceux qui revendiquent l'intérêt général ? « Je vous dis que notre position n'est pas sur le bien-fondé de la manifestation. Juste sur les modalités », martèle Jean-François Duprat.
Le Sud Ouest du 041210