Une foule impressionnante est allée hier visiter le chantier de la nécropole médiévale de Luxé 350 sépultures à découvrir sous un soleil ardent.
"Est-ce que vous pourriez parler plus fort parce que là, on n'a pas entendu?» «Oui, et en même temps, pourriez-vous nous faire voir vos couteaux et vos fibules. De loin, on ne voit rien...» Petites phrases entendues hier sur le chantier de fouilles de Luxé. Prononcées par quelques visiteurs n'ayant rien vu, rien entendu..., tellement les Charentais se pressaient autour des archéologues, transformés en guides conférenciers le temps d'un après-midi.
Les archéologues ont joué le jeu. Et ont répété à l'envi ce qu'il y avait à retenir d'essentiel sur ce chantier exceptionnel, qui révèle de 300 à 350 sépultures, toutes datées du haut Moyen-âge (VIe-Xe siècles) sur un site connu depuis longtemps et au nom évocateur, «la pièce des tombeaux». Sous un soleil que n'aurait pas renié un vrai mois de juillet, des centaines de visiteurs ont afflué, attirés sans doute par la gratuité de l'opération proposée par Archéosphère, la société privée qui mène les fouilles, et par Liséa, le concessionnaire de la ligne à grande vitesse (LGV) entre Tours et Bordeaux. Mais aussi par le fait que cette visite sera la seule et unique avant la fin du chantier, fixée au 16 décembre prochain. En milieu d'après-midi, près de 300 personnes étaient déjà passées sur le chantier pour voir de près ces fameuses sépultures.
Coffrages et sarcophages
L'archéologue décrit: «Vous voyez, on a des sépultures très différentes. En pleine terre ou dans le substrat calcaire, avec des coffrages de pierre, des sarcophages, ou encore dans des cercueils en bois, dont il ne reste que des traces aujourd'hui.»
Sous le regard étonné des visiteurs, une poignée de sarcophages donnent à voir des squelettes dans un état de conservation remarquable. Squelettes d'adultes, squelettes d'enfants, certains avec des bagues ou des fibules en métal cuivré. Les appareils photo s'en donnent à coeur joie. Les questions fusent. «Dire que dans quatre ou cinq ans, le TGV va passer ici même, glisse une visiteuse. J'espère qu'on va garder la trace de ce site fabuleux. Avec des publications, ou un musée...» «On a prévu d'éditer une publication sur toutes les découvertes archéologiques qui auront été faites sur le tracé de la LGV», répond Magali Louazon, la chargée de communication de Liséa.
D'ici là, l'équipe de fouilles - onze personnes à demeure - va se renforcer de manière à tout boucler avant le 16 décembre. Deux mois et demi pour fouiller l'intégralité du site: le pari est osé quand on sait que la nécropole et une zone bâtie contiguë datée de la même époque représentent une surface de 17.500 mètres carrés.