Urbaniste désigné pour le premier lot d'Euratlantique, Bernard Reichen a présenté son projet vendredi.
Euratlantique, le « quartier TGV », est paradoxalement en train d'accoucher d'une ville lente. C'est ce qui ressort de la présentation, vendredi soir à Arc en rêve (1), du projet des architectes Bernard Reichen et Philippe Robert, lauréats du premier concours ouvert par Euratlantique, portant sur 160 hectares autour de la gare Saint-Jean.
Pour mémoire, la mise en service de la LGV mettant Paris à deux heures de Bordeaux, fin 2016, a entraîné la création d'Euratlantique, vaste projet de réhabilitation urbaine déclaré opération d'intérêt national (OIN), dans un périmètre de 700 hectares et sur trois communes (Bordeaux, Floirac, Bègles).
Un site résistant
C'est le premier concours d'urbanisme lancé par Euratlantique que le tandem Reichen-Robert a remporté, et qui semble faire la part belle à la lenteur.
Présent à Bordeaux vendredi dernier, Bernard Reichen a justifié ce choix : « Ce qui est frappant, c'est la résistance de ce site autour de la gare Saint-Jean. Regardez les autres projets, ils ont tous respecté la trame du site. Nous allons nous appuyer sur l'esprit de ces domaines qui le composent : Belcier, Gattebourse, Armagnac, Saint-Jean, Carle-Vernet… Et nous allons créer une boucle permettant de les relier à vélo ou à pied, un anneau de 3 km environ, avec des espaces verts. Nous allons accrocher ces sites les uns aux autres avec une boucle intermodale. »
Plus tard dans sa présentation, le Grand prix 2005 de l'architecture parlera de « quartier dissuasif pour la voiture ». En clair : ceux qui y vivent pourront y circuler, mais les accès à la gare côté Belcier seront cantonnés au strict service, et quelqu'un qui ne fait que passer par là « n'aura aucun intérêt à traverser » ce territoire. Ainsi donc, c'est une « ville douce », selon l'expression de la directrice d'Arc en rêve, Francine Fort, qui voisinera avec le symbole même de la vitesse : le TGV en deux heures. Bref une ville lente. Priorité aux piétons, aux vélos, espaces verts, etc.
Parkings en silosBernard Reichen a même annoncé un renversement de certaines priorités. « Aujourd'hui, quand un promoteur construit un immeuble, la réglementation lui impose de faire un certain nombre de parkings. Eh bien ici, nous allons au contraire interdire de faire des parkings ! » Pas de panique : Bernard Reichen veut simplement dire que les parkings ne seront pas en sous-sol de chaque immeuble, mais en silos et associés à des services divers. Ce qui traduit une certaine façon de concevoir la ville.
Au niveau des équipements qui existent déjà dans le périmètre des 160 hectares, la gare Saint-Jean va devenir « double face », avec une sortie vers Belcier, et le MIN de Brienne pourra rester en place, mais il devra faire un effort architectural. Reichen n'a pas précisé à quelle vitesse.
(1) Les quatre projets, dont celui du lauréat Reichen et Robert, font l'objet d'une exposition publique dans la galerie d'Arc en rêve, visible jusqu'au dimanche 29 mai.
Le Sud Ouest du 040411