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" Je suis coupé en deux "

TGV_1197.jpgSaint-Gervais-les-Trois-Clochers. La LGV va couper sa propriété en deux. Le juge de l’expropriation était sur place, hier, pour fixer le montant de l’indemnisation.

Une vie et des souvenirs coupés en deux. A Saint-Gervais-les-Trois-Clochers, comme dans beaucoup d'autres lieux du département, la future ligne à grande vitesse Sud Europe Atlantique (LGV SEA) va entailler des buttes, traverser des champs et des bois et, plus rarement, prendre la place de quelques habitations.

Sur la butte du Vigneau, c'est la propriété des Laugier qui est dans le fuseau du tracé. Une saignée au cœur des bois du domaine avec un ouvrage d'art en sortie pour enjamber la route. Cinq hectares de perdu et, surtout, une fracture.

" Mon gendre veut l'appeler l'Allée LGV ! "

« Je suis coupé en deux », résume d'un ton à la fois lapidaire et non dénué d'humour le propriétaire des lieux, François Laugier. « Je suis la troisième génération. Les deux précédents propriétaires ont vécu 90 ans. La maison a été achevée en 1860. » Un pied à Angers, un pied au Vigneau, François Laugier défend son bien avec courtoisie, mais pied à pied. Hier, il fallait convaincre le juge de l'expropriation, Chantal Barral Jacob, venue spécialement sur les lieux pour un transport de justice. Une visite de terrain obligatoire en cas de désaccord quand il s'agit de fixer le montant de l'indemnité à verser à l'exproprié. En sortant du petit manoir, une grande allée grimpe vers une butte et rejoint la route reliant Châtellerault à Saint-Gervais. « La ligne à grande vitesse va couper tout cela en deux », résume Me De Lacoste-Lareymondie alors que le groupe chemine dans les bois. Cinq hectares d'un côté, sept de l'autre. La neige tourbillonne et une bise cinglante mord les oreilles. Un chevreuil passe. La nostalgie reste. « Ici, ce sont des souvenirs, les balades avec les enfants et les petits-enfants, les parties de pêche dans les deux petits étangs », raconte le propriétaire à la magistrate escortée de sa greffière. Elle note tant bien que mal, malgré le froid, les points soulignés à mesure que se déroule la visite. Un problème d'accès après la coupure du domaine en deux. Le déplacement d'un calvaire à prévoir… Et les souvenirs reviennent toujours au galop. « Une partie du site est désormais mise en culture. Il y a pas cinq ans, c'était un champ de courses. » Et le propriétaire de sortir, en plein bois, les affiches d'anciennes réunions. « Mon gendre a proposé qu'on appelle cette allée " l'Allée LGV " », raconte François Laugier. Il se soucie surtout de l'accès à la partie de ses terres qui seront situées derrière la voie ferrée. Et puis, il y a ce calvaire, qui est encore pour quelques mois dans l'alignement de l'allée au sortir du manoir. « En 2007, on m'a dit qu'on pourrait le déplacer. Je n'en suis plus si sûr. Alors je leur ai dit, prenez le socle. Je garde le bois ! » Son avocat renchérit dans l'humour : « Le calvaire, on le mettra devant la ligne. En signe d'expiation ! »

 

La Nouvelle République

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