Un vote du Conseil municipal d'Escaudes vient mettre à mal l'unité recherchée des élus locaux.
Plus le dossier LGV avance, plus les impacts des nouvelles lignes à grande vitesse se précisent et plus le consensus est difficile à établir entre élus locaux, contraints de travailler sur un dossier dont ils restent en très grande majorité de farouches opposants. Le Conseil municipal d'Escaudes vient ainsi, à l'unanimité, de rejeter une motion dont l'adoption par la Communauté de communes de Captieux-Grignols semblait pourtant acquise. Ce texte, conçu avec la CdC voisine du Bazadais, reprend des éléments partagés majoritairement dans les landes sud- girondines : priorité aux enjeux humains et à la protection de l'habitat, réduction de la dimension du triangle ferroviaire (1), qui s'étale sur 250 hectares selon certains projets de tracés, positionnement à l'est de l'A 65 de la future halte SRGV (2).
Le projet avait également pour ambition de « coller le tracé de la LGV à l'A 65 ». « Quand on regarde ce que ça donne précisément sur une carte, on se retrouve avec une vingtaine de maisons à 300 mètres soit de la LGV soit de l'autoroute », déplorent André Cayron et Patricia de Freitas, deux élus de cette commune de moins de 200 habitants.
« Un front désuni »
L'opposition à la motion, manifestée par Jean-Pierre Rivière lors du dernier conseil communautaire, a néanmoins pu surprendre, puisque deux élus escaudais avaient participé aux précédentes réunions de travail. « Dans les tracés qui nous étaient présentés, celui retenu pour la motion était le moins pire », confiait, lundi, Bernard Tulars. Le maire Christian Mansencal assure qu'il attendait l'avis de son Conseil municipal pour se prononcer.
Désormais, les élus d'Escaudes proposent un tracé alternatif. Il pousserait davantage au nord la ligne Bordeaux - Toulouse et plus à l'ouest le triangle, rejetant la majeure partie des problématiques liées à l'habitat vers Bernos-Beaulac, dont le maire Philippe Courbe ne comprend pas cette « volte-face ». « C'est un échec. Nous avions pourtant fait du bon travail, avec l'idée que si on veut peser, l'unanimité est nécessaire. Notre rôle est d'essayer, ensemble, d'amortir ce qui sera un choc énorme pour la population. Là, on part au front désunis. » Pour Jean-Pierre Baillé, président de la CdC de Captieux-Grignols, la motion n'avait de valeur que si elle obtenait l'unanimité. « Dans ces conditions, chacun se débrouille avec GPSO (3). »
Groupe de concertationC'est en revanche ce même projet de motion qui gêne Jean-Luc Gleyze, le conseiller général du canton de Captieux. « Je crois que c'est a minima maladroit d'avoir ainsi voulu précipiter les choses. Ce projet de motion aurait pu être débattu dans le groupe de concertation qui doit de nouveau se réunir à la fin du mois. » Lui-même est à l'origine de ce groupe, réunissant élus et acteurs du canton et des secteurs limitrophes. « C'est une instance reconnue par Réseau ferré de France comme interlocuteur pluri-acteurs. Je souhaite que la concertation se poursuive dans ce cadre », rappelle-t-il. À la fin du mois, RFF doit y présenter un point de vue technique, notamment au sujet de la réduction du triangle ferroviaire.
Le conseiller général n'est pas surpris par la décision des élus d'Escaudes, dont il a demandé au préfet Dominique Schmitt, par écrit, d'en prendre compte. « Ce n'est pas une volte-face. L'impact des grosses infrastructures est tel sur cette commune, avec l'A 65, la LGV, mais aussi un renforcement de l'artère de gaz et un projet de centre multimodal de déchets du BTP, que le sujet est devenu épidermique. » Dans son courrier, il demande au préfet « un traitement dérogatoire pour une situation exceptionnelle ». Sans oublier, comme le rappelle Georges Bernard, maire de Captieux, que « les nuisances lourdes liées à la LGV vont forcément tomber sur quelqu'un, vu que notre territoire est riche d'un habitat diffus ».
(1) Le triangle ferroviaire est composé par les lignes Bordeaux-Toulouse, Bordeaux-Espagne et Espagne-Toulouse. (2) Les projets des nouvelles lignes sont regroupés par Réseau ferré de France sous l'appellation Grands Projets du Sud-Ouest (3) SRGV : Service régional à grande vitesse.
Le Sud Ouest du 070411