Le président du Conseil régional, en visite au lycée maritime pour une cérémonie de vœux, était très attendu par les anti-LGV. Il a reçu leurs représentants.
La matinée d'Alain Rousset au Pays basque devait débuter par une rencontre avec les pêcheurs du port de Saint-Jean-de-Luz vers 10 h 30. Avant de filer vers le lycée maritime de Ciboure, lieu choisi pour la cérémonie des vœux aux acteurs du Pays basque et prévue sur le coup de midi, le président du Conseil régional d'Aquitaine devait y visiter les installations du port et é-changer sur la situation de la pêche.
Il n'aura finalement pas mis les pieds sur le port, filant directement au lycée et coupant ainsi l'herbe sous le pied des manifestants opposés à la LGV. Après la confirmation lundi à Bordeaux, du tracé de la LGV, ils étaient une grosse centaine à lui réserver un comité d'accueil aux portes de l'établissement.
Raison officielle de ce changement de programme, dont les médias pourtant conviés à suivre la visite en terre basque n'avaient pas été informés ? Rien à voir, selon le président de la Région, avec les manifestants. « Pour des questions logistiques, c'était plus simple de recevoir les représentants des pêcheurs ici », explique-t-il, avant de fermer la porte d'une réunion à huis clos avec eux (lire par ailleurs).
Dialogue enflammé
Au sortir de l'entrevue avec eux, il décide de recevoir cinq émissaires des manifestants anti-LGV. Derrière les murs, le ton monte. Alain Rousset bondit hors de la salle et, sans s'arrêter, se dirige vers son étape locale suivante, au bout du couloir de l'établissement scolaire : la cérémonie des vœux.
« Le ton n'était pas convivial, c'est sûr, résume Pantxo Tellier le président de l'association Nivelle-Bidassoa, au sortir de la réunion improvisée. Nous soulignons des incohé- rences. Il nous dit que le trafic ferroviaire va être saturé, nous disons que ce ne sera pas le cas. C'est deux pas en avant, trois pas en arrière. »
« Deux mondes qui ne parlent pas le même langage » se sont confrontés, c'est le constat de Victor Pachon du CADE. « Nous sommes face à quelqu'un qui poursuit le projet, coûte que coûte. Un fossé nous sépare. Ces gens-là veulent concrétiser leur grand projet à tout prix, en faire leur Tour Eiffel, alors que la grande vitesse n'est pas une priorité. »
Le dialogue s'est enflammé plus particulièrement avec les agriculteurs et notamment Ttotte Elizondo. « Il m'a fait disjoncter », avoue l'agriculteur d'Urrugne. « Sur le Pays basque, 150 agriculteurs vont disparaître et il vient nous narguer. Si la LGV se fait, on n'a plus qu'à mettre la clé sous la porte. Ça fait mal. »
Le dialogue reste cependant ouvert. C'est ce que souligne, une fois derrière le micro, dans le cadre apaisé de la cérémonie des vœux, Alain Rousset. « On ne peut pas continuer à avoir cette double file de camions sur la route. Le rôle du politique, c'est aussi d'anticiper. Si aujourd'hui, nous ne protégeons pas les terrains pour la LGV, ce sera pire demain pour les agriculteurs. Si nous n'évitons pas l'étalement urbain, nous ne pourrons plus les protéger. »
Et le président de Région de noter qu'il n'est aucunement gêné par ce type d'échange « un peu viril avec la société civile. Il faut bien que la démocratie s'exprime et que le droit de rébellion s'installe ».
Le Sud Ouest