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Un paysage viticole dénaturé par le train

TGV_870.jpgLe fuseau Est passe par le château Le Tuquet à Beautiran. Les propriétaires sont en colère.

Imaginez un très ancien domaine de 120 hectares d'un seul tenant, un vignoble de 55 hectares, un ensemble architectural remarquable réunissant des bâtiments du XVIIe siècle et une chartreuse du XVIIIe siècle, avec une splendide façade orientée au sud, dans un pur style Victor Louis, donnant sur un parc de cinq hectares et un étang. Nous sommes au château Le Tuquet, à Beautiran, sur une propriété familiale classée en AOC Bordeaux-Graves.

Demain, la ligne LGV Sud-Europe Atlantique va bouleverser le bel ordonnancement des lieux. L'impact du fuseau Est traverse la propriété du nord au sud, sur trois kilomètres. En tendant le bras à l'angle du chai, Alice de la Haye indique la distance du fuseau qui se situe entre 100 et 400 mètres des bâtiments. Au total, ce seront 30 hectares qui seront rayés de la carte, pour devoir laisser passer des trains qui ne s'arrêtent jamais.

Dépréciation foncière, destruction de la vigne, de la forêt et de la vallée du Gât Mort classée en zone Natura 2000 jusqu'à la surélévation de la route, voici résumé le tableau général d'un domaine viticole et son environnement sacrifiés sur l'autel des transports ultrarapides.

« Aberration économique »

« J'ai toujours pensé, et je ne suis pas la seule, que le tracé le mieux adapté devait longer l'autoroute. Ce qui me met en colère, c'est que le choix du fuseau Est n'est absolument pas guidé par le souci de servir l'intérêt général, mais plutôt des intérêts privés, sous l'influence de gens qui font de l'argent en toute impunité ». Alice de la Haye ne décolère pas sur l'absurdité d'un projet qu'elle juge inutile et dispendieux. Sur la table dressée au milieu du hall d'entrée du domaine familial, cette viticultrice dans l'âme tend des coupures de presse nationale et une copie du rapport Mariton présenté devant la commission des finances de l'Assemblée nationale, qui dénoncent « une aberration économique ».

Un lourd préjudice

Aux côtés de son père Paul Ragon, Alice ne parle pas seulement d'un préjudice affectif, en plongeant son regard sur ces vignes et forêts qu'elle connaît depuis toute petite : « Aujourd'hui, je suis aussi une chef d'entreprise avec cinq salariés. Mes parents se sont battus toute leur vie, depuis cinquante ans, pour mener l'exploitation au niveau où elle se trouve ».

Le Sud Ouest du 230711
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