Hier, Nicolas Sarkozy a fermé la porte au Monsanto 810 et a voulu rassurer les agriculteurs sur leur place dans la société, fustigeant tous « les sectaires » nuisant à l'agriculture française.
Clair et net. Nicolas Sakorzy n'a pas mégoté son hostilité au maïs OGM : « Le gouvernement maintient et maintiendra son opposition à la culture du Monsanto 810 », a-t-il déclaré hier en fin de matinée devant 1 700 personnes réunies dans la salle des fêtes de Gimont (32).
Explication de texte : « La recherche, l'amélioration de la productivité sont essentielles, et il ne s'agit pas de fermer la porte au progrès. Mais nous n'avons pas le droit de faire prendre des risques aux consommateurs. »
Les ministres Bruno Le Maire (Agriculture) et Nathalie Kosciusko-Morizet (Écologie), présents aux côtés du président, sont chargés de préparer une nouvelle « clause de sauvegarde sur la base d'éléments scientifiques ». Nicolas Sarkozy a affirmé qu'il souhaite « un consensus sur cette question ». Le propos lui a valu quelques applaudissements de la part d'un public essentiellement composé d'agriculteurs et de ruraux, mais pas de réaction franchement hostile, bien qu'il s'agisse d'une position que les maïsiculteurs ont un peu de mal à digérer.
Stopper les importations
Cela étant, ils avaient choisi de ne pas polémiquer frontalement : « Puisque vous ne voulez pas que l'on cultive des OGM en France, alors allez jusqu'au bout de la logique et interdisez les importations », lui a poliment rétorqué Henri-Bernard Cartier, président de la Chambre d'agriculture du Gers et vice-président de l'Association générale des producteurs de maïs (AGPM).
Nicolas Sarkozy ne l'a pas démenti : « Il doit y avoir de la réciprocité, nous ne pouvons pas faire respecter des règles à nos agriculteurs pour qu'elles soient détournées par des importations. » Cela étant, il n'a pas apporté de réponse précise sur ce point, renvoyant à ses ministres. Message reçu : « On verra Le Maire », assurait Henri-Bernard Cartier à l'issue de la rencontre.
Ce déplacement présidentiel dans le Gers avait débuté par la visite de l'exploitation (polyculture élevage) de la famille Letertre à Marsan, la commune du sénateur UMP Aymeri de Montesquiou. Nicolas Sarkozy y a dégusté du foie gras, du veau sous la mère, ce qui lui a permis de faire l'éloge d'une production de qualité : « Face à la mondialisation, l'avenir, c'est la qualité. Il n'y a pas d'autre choix possible. »
Les conditions de vie et de travail des agriculteurs fournissaient le thème de la table ronde qui a suivi durant plus d'une heure et demie. Les interventions avaient été préparées au millimètre ces jours derniers avec le cabinet du président à l'Élysée, par visioconférence.
Combattre les sectaires
La thématique choisie a permis à Nicolas Sarkozy de brasser très large. D'abord en rassurant les agriculteurs sur leur place dans la société : « Mon engagement pour l'agriculture et les agriculteurs qui participent à la puissance économique de la France est total. Je ne comprends pas cette maladie qui consiste à les opposer au reste de la société. Il faut laisser les sectaires de côté ! »
Si chacun a pu penser qu'il visait les écologistes intégristes, il a aussitôt précisé : « Il y a aussi ceux qui vous montent contre l'Europe. » Bref, a asséné Nicolas Sarkozy, « il faut combattre tous les sectaires ». Il y avait probablement là des mots de candidat en campagne, sachant que la tentation lepéniste existe parmi l'électorat des agriculteurs en situation difficile. S'agissant de la politique agricole commune (PAC) pour la période 2014-2020, le président de la République a revendiqué « le maintien du budget » et s'est dit favorable à une part de « verdissement », même si les propositions de la Commission européenne en ce sens ne lui conviennent pas. Sur la question de la gestion de l'eau, il s'est également déclaré, comme il l'avait fait en Lot-et-Garonne et en Charente, ouvert à la création de retenues collinaires.
Toujours aux premières loges, le député et président du Conseil général, Philippe Martin (PS), n'a pas manqué une miette de la visite présidentielle. À son issue, il déclarait, goguenard : « J'approuve ce qu'il a dit sur les OGM, les retenues collinaires et les productions de qualité. Je pensais que ce serait ma fête, mais ce fut plutôt celle de la FDSEA. » Ambiance, dans le Gers !
Le Sud Ouest