Ségolène Royal a plutôt pour habitude de prendre l'initiative pour déstabiliser ses contradicteurs, voire ses partenaires. Elle aime avoir la main.
La façon dont elle use, alternativement, de la menace et de la recherche de compromis dans ce dossier LGV l'atteste. Elle témoigne de sa volonté de négocier bec et ongles des contreparties aux 103 millions d'euros qui lui sont demandés au titre de la part du financement public de la future ligne à grande vitesse entre Tours et Bordeaux.
La menace NKM
Lundi, à Poitiers, elle indiquait qu'elle ne financerait pas cette ligne. Elle la considère comme un racket fait aux collectivités locales hors de leurs compétences.
Le dossier est toutefois loin d'être clos. En fait, la présidente de la Région Poitou-Charentes réagissait publiquement à une lettre qu'elle a reçue quelques jours plus tôt de Nathalie Kosciusko-Morizet.
Comme l'avait fait à l'été 2009 le Premier ministre François Fillon, la ministre de l'Écologie et des Transports indique qu'un refus de paiement entraînerait « une remise en cause de la consistance du projet ». Les dessertes de Châtellerault, du Futuroscope, de Poitiers et d'Angoulême, annexées à la convention, sont en ligne de mire. Nul doute que l'ex-finaliste à l'élection présidentielle n'apprécie guère ce genre de chantage.
Le prix de la signatureLe lendemain, la patronne du Conseil régional prend la plume. Elle liste alors une série de revendications et demande une réponse rapide, « au moment où le débat est engagé sur la participation des collectivités locales au financement de la LGV Sud Europe Atlantique ». Elle souhaite accélérer la mise en place de dessertes TER cadencées et plaide pour un calendrier précis de travaux. Elle réclame aussi des sillons ferroviaires aujourd'hui affectés à la future autoroute ferroviaire (fret) entre Niort et Saintes, reliées aujourd'hui par une voie unique. Une réunion a eu lieu hier sur tous ces points à la direction des infrastructures à Paris. Ségolène Royal plaide aussi pour la prise en charge par Réseau ferré de France des frais de transports de substitution lorsque les travaux nécessitent la mise en place de cars, comme entre Angoulême et Saintes.
Dernière ligne droiteComme les Landes, les Pyrénées-Atlantiques, la Communauté urbaine de Bordeaux, l'agglomération de La Rochelle et la Région Midi-Pyrénées (lire notre édition du 21 janvier), Poitou-Charentes négocie donc ferme dans la dernière ligne droite. Rappelons que 57 collectivités locales apportent 1,6 milliard d'euros sur les 7,4 milliards du coût total du projet.
À l'agenda de la présidente du Conseil régional de Poitou-Charentes figure aussi un entretien prochain avec le concessionnaire Lisea. Ils parleront emploi et formation professionnelle. Lisea a déjà créé quelque 350 emplois dans la région. La construction de la ligne devrait occuper entre 1 000 et 1 500 emplois dans le génie civil. Nul doute que Ségolène Royal ne négligera pas ce volet régional d'un dossier décidément bien long à être finalisé.
Le Sud Ouest du 020111