Coup de frein, panne sèche, ou soubresaut négligeable d’un projet qui arrivera de toute façon à son terme ? L’avenir le dira. En attendant, 2011 restera comme l’année des premières conquêtes pour l’opposition à la LGV en Pays Basque Nord.
Ces douze derniers mois, un certain nombre de décideurs, jusqu’ici sourds aux revendications de la population, ont semble-t-il retrouvé leurs facultés auditives. Poussés en ce sens, il est vrai, par les restrictions budgétaires liées à la crise. Début septembre, lors d’une réunion à Paris, autour de Thierry Mariani, ministre chargé des Transports, et d’élus opposés à la LGV, Michèle Alliot-Marie, les présidents des Communautés de communes Michel Hiriart, Paul Baudry et Roland Hirigoyen, il a ainsi été acté qu’“aucuns travaux pour une nouvelle ligne ne seront réalisés tant que le réseau ferroviaire ne sera pas saturé”.
Il faut dire que quelques semaines plus tôt, le Conseil général de l’environnement et du développement durable (CGEDD, rattaché au ministère des Transports) avait présenté un rapport dans lequel il constatait que la saturation des lignes, censée se produire en 2020, avait toutes les chances d’être repoussée à 2030-2035. Les anti, notamment le Cade (Collectif des associations de défense de l’environnement), le claironnaient de longue date.
Un Observatoire des trafics, réunissant partisans (RFF, Etat français, Région Aquitaine…) et opposants (élus précités et Cade) a été mis en place début novembre, afin “d’aboutir à des données partagées permettant de construire un diagnostic commun des perspectives de saturation de la ligne actuelle”, selon le préfet de Région Patrick Stefanini.
Au mois de décembre, ce caillou dans la chaussure des pro-LGV s’est transformé en pavé, quand la ministre de l’Ecologie, du Développement durable et des Transports, Nathalie Kosciusko-Morizet, a suggéré, aux Assises du ferroviaire, “de confier à une commission indépendante l’évaluation de la pertinence socio-économique des prochaines lignes à grande vitesse”.
Rien de dramatique ? Pas pour les partisans du chantier. Les élus régionaux sont montés au créneau. Le président du Conseil général, Georges Labazée, a, lui, écrit au Premier ministre en menaçant de suspendre les paiements du tronçon Tours-Bordeaux (79 millions) s’il n’obtenait pas de garanties pour celui reliant Bayonne à Hendaye. Une journée de mobilisation pour la grande vitesse est annoncée le 9 février prochain. Le 16 octobre, c’était les anti qui défilaient à Ustaritz…
Polémiques écologistes
A part ça au Pays Basque ? Plusieurs actualités à consonance écologiste ont fait la une. Au port de Bayonne, la pollution radioactive du site Fertiladour, anciennement occupé par l’usine du même nom – spécialisée dans la fabrication d’engrais et de broyage de minerai – a été avérée au terme de plusieurs expertises. Un comité de soutien aux victimes a été créé en mai, tandis que la Région Aquitaine, qui souhaitait acquérir le terrain, a annoncé en décembre qu’elle le ferait seulement sous condition de décontamination.
Cette année également, Yara, entreprise industrielle spécialisée dans le nitrate d’ammonium (réputé explosif) a reçu l’aval du préfet des Pyrénées-Atlantiques pour transférer ses produits de Pardies (Béarn) via le port de Bayonne. Associations de défense de l’environnement et élus ont eu beau protester contre les risques en cas d’accident, rien n’y a fait.
Toujours à Bayonne, mais un peu plus loin du port, à Batz-Arkondo, Bil ta Garbi a obtenu l’autorisation préfectorale d’exploiter, après enquête publique sur son projet de construction de Canopia, pôle de traitement des déchets du Pays Basque. Ce, malgré l’opposition des riverains de l’Adech. La société mandatée, Urbaser, a posé ses valises à Bayonne au mois d’août. Les travaux de défrichement ont commencé il y a quelques semaines.
Spécialiste des actions spectaculaires, le collectif écologiste Bizi ! s’est, lui, invité en haut de l’affiche fin octobre. Plusieurs de ses membres ont déployé une banderole au sommet de la halle d’Iraty de Biarritz, où se tenait le premier salon de l’automobile du Pays Basque, afin de dénoncer les problèmes de circulation à vélo dans la cité impériale. Un mois plus tard, après avoir promis qu’il allait tenter de remédier à cet écueil, Didier Borotra recevait une “Bizi Kleta” des mains de l’organisation (voir photo).
Bonnemaison et la crise du lait
Au plan sanitaire, et plus largement sociétal, 2011 restera imprégnée par l’affaire Nicolas Bonnemaison, du nom de ce médecin de l’hôpital de Bayonne soupçonné d’euthanasie active sur huit patient(e)s. La polémique, enclenchée début août, aura connu un retentissement hexagonal. Mis en examen pour empoisonnement, Nicolas Bonnemaison a également été suspendu par le ministre de la Santé au mois de novembre.
Dans le domaine agricole, l’année a été marquée par le décès soudain de Christian Harlouchet, secrétaire général du syndicat majoritaire ELB, à l’âge de 55 ans. C’était le 16 juin. Trois mois plus tard, les producteurs de lait entraient en fronde contre les laiteries, avec l’occupation d’Agour et d’Onetik, pour protester contre le non-respect d’engagements au sujet des importations de lait et la volonté de démantèlement de la coopérative de collecte CLPB. La première édition de Lurrama à Biarritz (halle d’Iraty) a, elle, été plébiscitée avec la venue de 25 000 visiteurs sur les trois jours.
Enfin, la Korrika 2011 (7 au 17 avril), partie de l’enclave de Trebiñu pour rejoindre Donostia, a réuni environ 6 000 coureurs lors de son passage en Pays Basque Nord, soit à peu près le même nombre qu’il y a deux ans.
Le Journal du Pays Basque