Le forum transfrontalier Atlantic Logistic Forum sur le corridor atlantique a été perturbé hier à Bayonne à la Chambre de commerce par quatre militants de Mugitu ! opposés à la future ligne à grande vitesse (LGV) et son pendant en Pays Basque Sud : le TAV (Tren de Alta Velocidad équivalent du TGV) et le Y basque, réseau reliant les capitales basques.
Les militants de Mugitu ! sont montés sur scène durant l’intervention du directeur des transports du gouvernement basque. Ils ont dénoncé “l’opération de lobbying en faveur de cette ligne, lancée sous l’impulsion du gouvernement basque, du Conseil régional d’Aquitaine et des Chambres de commerce et d’industrie. La recherche permanente de grandes infrastructures entraîne un grand impact écologique et social dans notre pays”.
Donostia, gare du TAV
L’avant-veille à Donostia, Carlos Secchi (voir encadré) coordinateur européen de projets du réseau de transports annonçait que le 19 octobre, la Commission européenne décidera de la nouvelle carte européenne des axes prioritaires du transport de marchandises comme le corridor atlantique. Décision que les politiques des deux côtés du Pays Basque attendent avec optimisme. Il a été également annoncé que Donostia sera une gare de passage du TAV, “qui circulera jusqu’en France”. Les représentants de l’Union européenne ont visité l’avancement des travaux concernant le TAV en Gipuzkoa. “Ici, il y a des travaux, alors qu’en France, il y a de bonnes idées et un projet. Le TAV en Gipuzkoa est un projet fondamental, car il représente la connexion de grande vitesse entre l’Espagne et la France”, ont-ils souligné.
Corridor atlantique
A Bayonne, le sujet abordé a été la création du corridor atlantique et son corollaire, la LGV. Baptisé par ses partisans “corridor vertueux” et par ses détracteurs “d’un jargon vide de sens avec une étiquette de transports durables cachant des macroprojets de grave impact écologique et social, comme la LGV”. Autre son de cloche pour André Garetta, président de la Chambre de commerce de Bayonne, déclarant que “les 8 500 camions par jour à la frontière de Biriatou deviendront 17 000 en 2025. Pour répondre à ce défi et aux besoins de mobilité des personnes et du trafic marchandises, il n’y a pas d’autres alternatives que le bateau et le train qui s’appuient sur une politique ambitieuse de report modal”. Corridor atlantique reliant l’Europe du Sud à l’Europe du Nord et devant être doté impérativement, pour la plupart des intervenants, d’une ligne à grande vitesse. Cette impérieuse nécessité du “tout-train” pour le transport des marchandises a cependant été battue en brèche par l’ingénieur économiste Michel Savy qui indiquait que 80 % du transport restera assuré par le transport routier : “Beaucoup de transports ne sont pas possibles par mer et par train. RFF prévoit un trafic de marchandises multiplié par cinq dans les années à venir, mais s’il est multiplié par deux (il est aujourd’hui de 2,5 %), cela sera déjà énorme. Il y a aujourd’hui une régression du trafic ferroviaire et un déficit du fret. Un tel trafic dans une comptabilité d’entreprise n’est pas tenable”. M. Savy répondait au porte-parole du Cade (opposé à la LGV) Victor Pachon, accompagné par Pantxo Tellier de Nivelle Bidassoa, présents dans l’assistance. V. Pachon remarquait qu’“ici les voies existantes sont occupées entre 20 et 25 %. Cette saturation annoncée en 2010, puis en 2016, puis en 2035 n’est pas à l’ordre du jour”. Pour Alain Rousset, président du Conseil régional d’Aquitaine, il n’y a pas d’hostilité majeure au projet de LGV, “en dehors d’une protestation que je peux comprendre. Les résultats aux dernières élections l’ont prouvé”.
Nous avons interrogé le coordinateur européen pour le projet prioritaire d’axe ferroviaire à grande vitesse du Sud-Ouest européen, Carlos Secchi, à propos de la contestation générée par la LGV : “Il faut développer une méthode de gouvernance internationale, tout en impliquant les acteurs locaux. Il y a une congestion routière et une nécessité d’un rééquilibrage modal, avec des bénéfices autant pour les passagers que pour les marchandises. Nous avons un défi important à relever : il faut convaincre avec des moyens démocratiques les populations locales que l’on peut s’intégrer à l’Europe et en même temps avoir un rôle au niveau local. Il s’agit d’une synergie positive. Car il y a des bénéfices et des avantages à la création d’une LGV. Il faut continuer à discuter même si une majorité silencieuse est favorable au projet”, répond le coordinateur.
Quant au coût engendré par de telles infrastructures, le coordinateur assure qu’en 2014-2020, un fonds existera, avec des possibilités de soutien. Son prédécesseur, Etienne Davignon, s’interrogeait quant à lui sur l’utilité réelle d’un tel projet en soulignant les différences existant entre les prévisions des autorités françaises et espagnoles. “Ce n’est plus à l’ordre du jour !”, a rétorqué Carlo Secchi.
Le Journal du Pays Basque