Si François Hollande gagne ses galons de grand stratège, ce sera moins dans les périlleux recoins des Ifhogas au Mali qu’ici, sur notre bon vieux sol. On a toujours tendance à le sous-estimer et pourtant… Grâce à sa maîtrise parfaite de l’art de l’esquive, son sens aigu de la diversion, du contre-feu, il est en passe de réussir un coup de maître.
Pensez donc : PSA, Renault, GoodYear, Sanofi, Candia, Arcelor-Mittal Florange, Petroplus, Virgin, Air France, General Motors, FNAC … Celui-là même qui avait dénoncé la désindustrialisation de la France sous l’ère Chirac-Sarkozy, niant à l’époque les effets de la crise, fait face aujourd’hui avec une impuissance désarmante à une immense vague de plans sociaux. Et de quoi parle-t-on ?
De la guerre au Mali, du retour au son des cors et des trompettes de Florence Cassez, du mariage pour tous, et de Christiane Taubira qui déclame dans l’hémicycle des vers de Léon-Gontran Damas. L’actualité se tasse un peu ? Vite, une petite annonce sur le vote des étrangers ! Pas suffisant ? Tiens, si on ouvrait des salles de shoot ?
Et voici notre petite courbe d’opinions favorables, tellement déprimée depuis huit mois, s’offrir une petite cure de jouvence.
Qui est dupe ? Qui est complice ? La communication et le cynisme politique ont, semble-t-il, définitivement triomphé, dans une alliance objective avec un monde médiatique avide de buzz et de « prêt-à-consommer ». La priorité est de donner l’illusion de l’action, à travers des éléments de langage savamment élaborés, en comptant sur la naïveté, l’individualisme des êtres, le besoin d’immédiateté, la prise de pouvoir de Twitter et Facebook comme mode de relation sociale dominant.
Karl Marx évoquait la misère religieuse, comme expression de la misère sociale, lorsqu’il parlait d’opium du peuple. Tant que le journal de 13 heures continuera à ouvrir sur la météo, un reportage sur la Fête de la saucisse à Morteau, et une interview du dernier sabotier de la Creuse, la petite lucarne jouera son office d’anesthésiant. Et ça, François Hollande l’a bien compris.
Thierry Deville
Le Journal Toulousain