Jean-Alain Mariotti, président de la Chambre de commerce et d'industrie territoriale, garde espoir pour le développement économique du département.
« Sud Ouest ». Dans quelle situation économique se trouve le Lot-et-Garonne en ce moment ?
Jean-Alain Mariotti. La situation internationale s'impose à nous. Fut une époque, la crise se répercutait avec un certain délai d'amortissement. Ce n'est plus le cas aujourd'hui. Le problème de fond actuel est lié à la situation des banques et leurs difficultés à avoir des liquidités. Plus on leur impose de contraintes, plus on réduit leur capacité d'investissement et leur capacité à sécuriser leurs prêts. C'est un vrai frein au développement économique pour les PME. Et le Lot-et-Garonne a un tissu économique essentiellement composé de PME.
Sans compter que le marché de l'emploi lot-et-garonnais affiche un recul de 1,2 % au premier semestre 2011…
Effectivement, mais la réalité est plus contrastée : si le tertiaire voit ses effectifs diminuer de 2 %, signe de sa grande fragilité, l'emploi industriel est en hausse de 0,4 % et la construction de 1,5 %. Et le Lot-et-Garonne est bel et bien un département industriel maintenant avec des entreprises telles que BMS-Upsa, de Sangosse, Asquini, Creuzet, etc. Néanmoins, on ne va pas se mentir, si l'industrie lot-et-garonnaise a mis à profit la crise de 2008 pour renforcer sa compétitivité à travers une politique d'innovation tous azimuts et de conquête des marchés internationaux, elle devra faire face à une concurrence de plus en plus exacerbée, se traduisant par une « guerre des prix ».
Sur quel atout le département peut-il compter pour faire face à la crise ?
La CCI demeure aux côtés des entreprises pour les aider à appréhender les conséquences du contexte sur leur activité et les conseiller en terme de stratégie. Et avec les efforts conjugués des entreprises et de la Chambre, on commence à avoir des outils intéressants pour le développement. C'est le cas du Cluster agroalimentaire inauguré il y a quelques semaines qui vise à fédérer les acteurs de la filière fruits et légumes.
Justement, en terme d'accessibilité, le Lot-et-Garonne est à un tournant avec des projets tels que la LGV Bordeaux-Toulouse, la gare en rive gauche, le projet d'un nouvel échangeur autoroutier…
Tout à fait. Nous avons actuellement un problème de liaison Nord-Sud. La LGV va permettre d'y remédier et de booster le développement économique. Mais ce ne sera efficace qu'à la condition qu'il y ait un nouvel échangeur autoroutier et une gare LGV en rive gauche. Il est aberrant de penser qu'on va faire venir les gens de Villeneuve-sur-Lot et leur faire perdre le temps acquis par la mise en 2 x 2 voies de la RN 21, en leur faisant rejoindre l'A 62 par Le Passage ! Il faudra par ailleurs améliorer les liaisons ferroviaires vers Périgueux, Bergerac (24) et le Gers. De même, si la gare LGV est en centre-ville, les voyageurs de Villeneuve ou du Gers vont perdre du temps pour la rejoindre.
Quel sera alors l'avenir de l'aéroport d'Agen si la LGV voit le jour ? La ligne Agen-Paris ne sera plus rentable…
Actuellement, nous nous battons pour le maintien de cet aéroport et de la ligne Agen-Paris, car si avec le train, le voyageur arrive à rallier la capitale en 4 h 10, il ne peut se permettre un aller-retour dans la journée. Alors qu'avec l'avion, c'est possible de partir le matin et revenir en fin de journée. D'ailleurs, la fréquentation de cette ligne aérienne ne cesse d'augmenter. Après, avec l'arrivée de la LGV, elle ne sera pas pérenne. D'où l'idée de mettre en place une ligne Agen-Lyon…
À l'heure où grand nombre de chefs d'entreprise et d'observateurs affichent un pessimisme certain pour l'avenir économique immédiat, vous gardez espoir…
Un espoir pour le département, oui. Car il a des atouts et a la capacité de rebondir à condition que les règles ne changent pas en permanence. Il vaut mieux expliquer le partage de la valeur ajoutée et peut-être aller plus loin dans ce sens plutôt que de ponctionner les acteurs économiques en amont.
Le Sud Ouest