Deux concentrations de silex, vieilles de 17.000 ans, ont été découvertes sur le tracé de la LGV à Clérac. Plus de 3.000 fragments ont déjà été exhumés.
Une dizaine de topographes, géologues, morphologues et archéologues étudient le sol que des troupeaux de rennes, de bisons et d'antilopes saïga ont foulé 17.000 ans plus tôt. Difficile d'imaginer les cortèges d'animaux cheminant sur des collines et des steppes glaciales, là où, aujourd'hui, s'étale un trou de poussière de 600 mètres carrés. Découvert lors de fouilles préventives sur le tracé de la LGV, le chantier du canton des Bergauds, sur la commune de Clérac, est en ébullition depuis le 6 juin. L'équipe de spécialistes de l'Institut national de recherches archéologiques préventives (Inrap) fouille la terre de Charente-Maritime, à une trentaine de kilomètres à l'ouest de Chalais, pour en extraire du silex. «Nous avons mis au jour deux petites concentrations de silex, contemporaines de la grotte de Lascaux. On a la possibilité de retrouver quelles activités ont été pratiquées ici, sans doute du travail de la peau», expose Christophe Fourloubey, archéologue responsable des opérations, distillant ses paroles au conditionnel. Face à lui hier, un parterre d'une vingtaine d'élus, de spécialistes et de journalistes invités à visiter le site.
«Une fouille à plusieurs centaines de milliers d'euros»
Agenouillés sur la terre sèche, à un mètre de profondeur, les scientifiques labourent méthodiquement le sol avec leur truelle, avant d'épousseter soigneusement les fragments de silex prisonniers des sédiments. Grattoirs, burins et lames sont ensuite numérotés et enfermés dans des sachets en plastique pour être étudiés plus tard. «C'est un site intéressant du fait de la période, le magdalénien inférieur, dont on n'avait jamais trouvé de trace dans cette région. Et aussi par la densité des pièces, très bien conservées», décrypte l'archéologue. 3.000 outils ont déjà été exhumés. Le temps sec a facilité le travail des archéologues, encore à l'oeuvre jusqu'à la fin du mois pour compléter une collection qui devrait compter 10.000 pièces au total.
C'est le sixième chantier lancé après les fouilles préventives, mais le premier appel d'offres que remporte l'Inrap. «C'est une petite fouille de quelques centaines de milliers d'euros, mais elle a un réel intérêt scientifique», détaille Odet Vincenti, directeur de l'Inrap pour le grand Sud-Ouest.
Pas de quoi mettre le chantier de la LGV en retard. «Nous avons déjà diagnostiqué 90% du linéaire de la LGV. On estime qu'il y aura une cinquantaine de chantiers de fouilles de ce type sur les 300 km du tracé», avance Sébastien Joly, directeur opérationnel de Cosea, le constructeur de la ligne. Un autre site, remontant à la même période, a été dégagé à Montguyon, une commune voisine de 5 km. Sans doute le prochain chantier.