La guerre Fillon-Royal pourrait pénaliser les collectivités charentaises qui, contrairement à la Région, avaient accepté de financer la LGV. Explications.
François Fillon n'a pas apprécié que la Région Poitou-Charentes refuse de mettre la main à la poche pour la LGV Sud-Europe Atlantique. Le Premier ministre a pris la balle de la polémique au bond en dénonçant avec force la position picto-charentaise : l'État paiera donc la contribution de la Région (103 millions d'euros). Mais il en tirera « toutes les conséquences en procédant à un examen scrupuleux de l'ensemble des actions et projets qui bénéficient de son soutien financier dans cette région ».
Une phrase qui inquiète en Charente. Le Conseil général, le Grand-Angoulême et la Communauté de communes de Cognac, qui ont accepté de verser leur obole à la LGV, craignent de faire les frais de la guerre entre Ségolène Royal et le gouvernement et de passer au tiroir-caisse plus que de raison. En dépit des assurances de Dominique Bussereau…
L'actuel président du Conseil général de Charente-Maritime, qui met la polémique sur le dos de Ségolène Royal, dit avoir l'assurance de François Fillon que les « bons payeurs » de la Région ne seront pas lésés… Pas sûr que les élus charentais échaudés soient fermement convaincus.
1 Robert Richard et « la double peine »Réticent à l'idée de financer la LGV, Robert Richard a finalement consenti à verser 2,7 millions d'euros, en échange de la promesse de faire du doublement de la RN 141 entre Angoulême et Cognac une priorité.
Aujourd'hui, le président de la Communauté de communes de Cognac ne veut pas croire que l'État revienne sur sa parole, « d'autant que le financement de ce désenclavement ne passe pas par la Région ». N'empêche, Robert Richard avoue quelques inquiétudes sur ce qui « ressemble à une double peine »…
Pour autant, l'élu cognaçais est en phase avec la position régionale qui renvoie l'État à ses responsabilités dans le financement de la LGV. « Si on a accepté de financer, c'est parce qu'après discussion, nous avions la certitude d'un retour sur investissement de la part de l'État. Il ne faudrait pas que des considérations et des conflits politiques menacent des investissements fondamentaux pour le territoire. C'est un jeu dangereux pour tous. »
2 Lavaud ne veut pas payer deux foisL'agglomération d'Angoulême abondera dans le financement de la LGV pour 10,3 millions d'euros. « Et nous ne voulons pas payer deux fois », fait savoir son président Philippe Lavaud qui a « toujours regretté que les collectivités soient obligées se substituer à l'État pour financer la LGV ».
« Cette histoire prouve que ce dossier a trop traîné en longueur. La première convention signée par la Région date de 2007 ! Mais le secrétaire d'État aux transports de l'époque (Dominique Bussereau, NDLR) a laissé pourrir la situation. » Philippe Lavaud craint aujourd'hui que l'agglomération passe à côté d'un volant de crédits non-consommés de l'actuel contrat de projets État-Région (CPER). Des crédits sollicités pour l'installation de l'Enjmin (École nationale du jeu vidéo) au Nil ou pour le futur pôle d'échange multimodal à la gare.
3 Michel Boutant et la mauvaise stratégieLe Conseil général a accepté de financer la LGV à hauteur de 29 millions d'euros. En échange, il a obtenu la part du lion du plan de modernisation des itinéraires (PDMI) 2009-2014 : 181 millions d'euros investis sur les seules routes de Charente. Pour Michel Boutant, la stratégie de la Région « pose question »… « Tactiquement, ce n'est pas la meilleure méthode. Je me demande s'il n'aurait pas mieux valu négocier la participation de la Région en argumentant sur une augmentation de l'enveloppe du prochain CPER (1), comme nous l'avons fait pour le PDMI. Au lieu de cela, nous risquons de tous trinquer. »
Le président du Conseil général pense au prochain contrat de plan État-Région. Mais aussi aux crédits non-consommés de l'actuel plan. « J'avais formulé une demande pour transférer des crédits vers l'amélioration de la ligne Angoulême-Limoges. » Et Michel Boutant n'a clairement pas envie que ces crédits lui passent sous le nez…
Le Sud Ouest du 250511