L'Espagne et la communauté autonome d'Euskadi ont fait le choix de lignes nouvelles. Le réseau basque devrait être raccordé a France. Le gouvernement basque d'Euskadi est formel : le réseau LGV qui reliera les trois capitales basques au reste de la Péninsule et à la France sera livré en 2016. Le chantier suppose des travaux colossaux : 172 kilomètres de lignes nouvelles mixtes (passagers, transports) dans une zone géographi- que très accidentée, notamment dans la province du Guipúzcoa. Coût prévu : 6 milliards d'euros.
Les concepteurs du projet ont préféré ne pas mégoter sur les moyens ! 80 tunnels et 71 viaducs ponctueront les 172 kilomètres de l'Y, ainsi baptisé car il a grosso modo la forme de l'avant-dernière lettre de l'alphabet. 60,6 % du tracé sera souterrain. Il n'en fallait pas moins pour éviter un maximum d'atteintes à l'environnement et se frayer un passage dans des zones industrielles déjà urbanisées. Mais le prix à payer sera tout de même élevé dans le paysage, où collines et vallées présentent de grosses balafres apparues au rythme des adjudications.
Frontière problématique
Reste à souligner que si 90 % du Parlement basque a fait le choix de la grande vitesse, l'unanimité ne s'est pas faite dans la société. L'étendue du rejet populaire (surtout dans les milieux écologistes) est cependant très loin d'y avoir atteint l'opposition manifestée en Pays basque français.
Côté espagnol, ETA menaça de représailles les entreprises adjudicataires des travaux, placés sous haute surveillance mais néanmoins théâtre de plusieurs sabotages. La tension monta d'un cran avec l'assassinat du dirigeant d'une société de travaux publics d'Azpeitia, Inaxio Uria, le 3 décembre 2008.
Le climat général s'est allégé depuis mais, au niveau technique, deux points d'interrogation problématiques subsistent : quand et où précisément se fera la jonction à la frontière entre lignes nouvelles en construction, côté sud, et en projet, côté nord ? Irún (voisine d'Hendaye) a, quoi qu'il en soit, prévu de se doter d'une gare multimodale dans un couloir ferroviaire qui sera entièrement restructuré.
Pour les autorités basques, en effet, il n'était pas question de patienter davantage devant les hésitations françaises. Car outre les connexions rapides avec Madrid et Bordeaux-Paris, côté français, l'un des objectifs de l'Y basque consiste à rapprocher entre elles les trois capitales de province Saint-Sébastien, Bilbao et Vitoria-Gasteiz, afin de renforcer la cohésion territoriale. Les temps de trajet entre les trois villes basques devraient ainsi tourner autour de trente minutes.
Le projet avait été initié en 1986, les travaux ont été lancés en 2006. Selon le département des transports et travaux publics du gouvernement basque, le premier tronçon de l'Y sera livré dans la province du Guipúzcoa (région de Saint-Sébastien) dès octobre 2011.
Un train d'avance à l'estLe couloir ferroviaire méditerranéen a d'ores et déjà pris un bon train d'avance sur son pendant atlantique, puisque le 19 décembre dernier la SNCF et son homologue espagnole, la Renfe, ont inauguré une liaison à grande vitesse entre Paris et Figueras, en Catalogne, la ville rendue célèbre par Salvador Dalí. « Une frontière est tombée ! », s'exclamaient les voyageurs à bord du TGV inaugural.
Plus de frontière non plus pour la grande vitesse dans la péninsule Ibérique entre Madrid et Valence, troisième ville d'Espagne. La ligne nouvelle (1 h 32, 391 kilomètres) est entrée en service le 18 décembre. Pour l'Espagne, le TGV est aussi un pari contre la crise.
Le Sud Ouest du 070211