Tandis que les bulldozers investissent le terrain, les exploitants agricoles attendent les indemnisations promises. Ils se disent prêts à entraver le chantier.
La grogne monte dans le Landerneau, le long du tracé de la future ligne à grande vitesse (LGV) Sud Europe Atlantique qui doit relier en 2017 Tours à Bordeaux. Pendant deux ans, les représentants du monde agricole ont âprement négocié auprès de Réseau ferré de France (RFF) les conditions d'indemnisation des terres expropriées pour les besoins du chantier. Fin 2009, un accord a été conclu en bonne et due forme. Toutefois, selon l'UDSEA et le syndicat des Jeunes Agriculteurs, cet accord écrit n'est pas respecté aujourd'hui. « Les pelleteuses rentrent dans nos parcelles et, pour l'instant, les indemnités ne sont pas versées dans les temps. Il s'avère aussi que nous ne sommes pas tous traités à la même enseigne », s'insurge Dominique Malagu, exploitant céréalier à Pussigny et responsable du dossier LGV au sein de l'UDSEA.
Le premier syndicat agricole d'Indre-et-Loire rappelle qu'un millier d'hectares (dont 600 ha de surfaces agricoles utiles) vont être amputés par la future ligne à grande vitesse dans le département. 90 exploitations seront directement touchées sur le tracé de la LGV. Plus de 300 autres seront impactés par les aménagements connexes. « Pour un agriculteur, voir ses terres disparaître, c'est perdre plusieurs années de récoltes. C'est voir son entreprise déséquilibrée pour au moins dix ans », souligne Dominique Malagu. Au passage, ce dernier rappelle que les montants d'indemnités « n'ont rien d'exorbitant » dans la mesure où ils représentent environ 1 % du budget global des travaux.
Las de ne rien voir venir, les agriculteurs ont décidé de hausser le ton. Dans un communiqué en forme d'ultimatum, l'UDSEA demande expressément que les accords signés par RFF soient respectés par la société concessionnaire du projet Cosea. « Ce n'est pas parce qu'il s'agit de la filiale d'un groupe multinational (Vinci) que nous allons nous laisser impressionner. Les paysans ne se laisseront pas rouler dessus », prévient Dominique Malagu en annonçant « plusieurs actions » dès la semaine prochaine. Les fourches sont levées.
à chaud
Cosea évoque des " retards "
Au siège régional de Cosea, la société concessionnaire de la LGV à Poitiers, Éric Monnier – le responsable des opérations foncières – reconnaît quelques problèmes au niveau de l'indemnisation des expropriations agricoles. « Nous avons du retard pour certains dossiers, mais cela porte sur un nombre limité », indique le représentant de Cosea.
Éric Monnier explique ces retards par le volume important de dossiers à traiter. Plus de 8.000 propriétaires – dont 900 exploitants agricoles – sont touchés par l'emprise de la future ligne à grande vitesse entre Tours et Bordeaux. « Nous tiendrons tous nos engagements », assure le responsable de Cosea en précisant qu'une dizaine de dossiers en souffrance transmis dernièrement par l'UDSEA d'Indre-et-Loire sont actuellement « en cours de traitement ».
Éric Monnier précise qu'une réunion doit se tenir mercredi prochain avec les représentants du monde agricole afin d'évoquer la situation et de clarifier les modalités d'indemnisation des exploitants expropriés sur les 300 km du tracé.
La Nouvelle République