Un site paléolithique exceptionnel a été mis au jour à Clérac (17), en pleine forêt.
Même en y regardant de très près, le néophyte ne voit là que de très jolis cailloux. Seul l'œil du savant peut y lire leur usage. Les morceaux de silex ont gardé l'empreinte de leur vie d'il y a 15 à 17 000 ans avant notre ère, les éclats parlent, les formes révèlent.
Le moindre éclat prend vie, si l'on parvient à imaginer qu'ici, au lieu dit Les Bergauds, en pleine forêt de Clérac, à une altitude de 73 mètres aujourd'hui, par 32° sous le soleil, eh bien à la fin du paléolithique, on se trouvait probablement au fond d'un ravin, dans des steppes froides de la période glaciaire. Dans une zone de delta en bord de mer. Avec pour voisines des antilopes saïga, les mêmes qui vivent aujourd'hui en Mongolie.
Pas de vestiges organiques ici, pas d'os, pas de dents. L'acidité du sol ne l'a pas permis. Seulement des silex. En nombre. Plusieurs milliers. Et c'est cette quantité qui rend ce site paléolithique exceptionnel selon Christophe Fourloubey, responsable du chantier de fouilles conduit, depuis le 6 juin par l'Institut national de recherches archéologiques préventives (Inrap). Un chantier prescrit par l'État (Direction régionale des affaires culturelles du Poitou-Charentes), suite au diagnostic archéologique réalisé au printemps 2010, sur le tracé de la future la Ligne à grande vitesse (LGV) Sud-Europe Atlantique.
Un mobilier rareIci, au petit pinceau et à la balayette, on dégage sur 600 mètres carrés, avec des précautions d'orfèvre, ces pièces exceptionnelles, aussi par leur rareté, dans cette région. Ici travaillent des tracéologues, des archéologues, des géologues, seulement des professionnels du Grand Sud-Ouest.
Le moindre fragment est nettoyé, répertorié, conditionné, avant de rejoindre le laboratoire qui révélera encore d'autres éléments sur l'occupation humaine de cette époque, sur ses activités, ses façons de travailler, à quoi les outils découverts ont servi.
« D'autant que les indices d'occupation préhistorique dans cette région du Sud-Charente et Nord-Gironde, sans pour autant être inexistants, sont encore ténus et peu documentés. Ainsi, la fouille du site de Clérac permettra d'approfondir les connaissances sur le paléolithique au niveau régional. »
Christophe Fourloubey tient dans ses mains plusieurs pièces (appelées du mobilier). « Ici, probablement un grattoir à peau dont les spécialistes du laboratoire pourront déterminer s'il a servi sur de la peau dure ou de la peau tendre. On peut aller jusque-là dans la précision. »
Il montre aussi un nucléus (débris de taille), un burin, une pièce esquillée. Autant d'outils taillés eux-mêmes avec des pierres dures, peut-être des galets de rivière, du granit, du quartz lisse qui accroche bien le silex. « Certains spécialistes peuvent aussi lire des traces d'emmanchement qui permettaient de tenir l'outil. » Des outils qui servaient à racler, à découper, à frotter… Mystère encore.
En tout cas, les spécialistes le disent : « Les éléments découverts sont à la hauteur des espérances du printemps 2010, suite aux fouilles préventives. »
Actuellement, rien que sur l'axe Tours-Bordeaux de la future Ligne à grande vitesse, une vingtaine de fouilles ont été prescrites. Et il y en aurait autant qui attendraient dans les cartons.
Le Sud Ouest du 120711