Double franchissement de la Garonne à Boé ou tunnel sous Moirax ? La question demeure.
Hier matin, le Comité de pilotage (Copil) du grand projet ferroviaire du Sud-Ouest (GPSO) s'est réuni à Bordeaux afin de déterminer l'hypothèse de tracé à approfondir, tant sur la ligne Bordeaux-Hendaye que sur la ligne à grande vitesse Bordeaux-Toulouse. Le Copil a retenu le projet de tracé proposé par Réseau ferré de France (RFF) sur la quasi-totalité des 410 kilomètres des deux lignes à l'exception de deux « bastions » : le Pays basque et l'Agenais.
Rappelons que le comité d'hier devait trancher entre les différentes hypothèses soumises à la concertation depuis le début de l'année et n'en définir plus qu'une. « Une » hypothèse de tracé « à approfondir » dans le langage de RFF, autrement dit à soumettre à une nouvelle concertation avant une validation finale par le ministre à la fin de l'année.
Sur le Lot-et-Garonne, un tracé a été proposé depuis l'entrée de la LGV dans le département, soit depuis Saint-Martin-de-Curton jusqu'à la frontière avec le Tarn-et-Garonne soit Caudecoste… enfin presque sur toute la longueur, car la partie épineuse de l'Agenais soit la bande verticale Boé-Moirax-Layrac n'a pas été réduite à une hypothèse. En effet, deux tracés subsistent. Les deux qui faisaient débat, juste après le péage de l'A 62 sur la carte.
Deux viaducs sur Garonne
D'un côté, le H222, si joliment nommé par RFF, qui traverse par deux fois la Garonne, sur la commune de Boé, avec un premier viaduc en face de Boé-Bourg, une ligne qui se poursuit jusqu'au lieu dit Lille, et un second viaduc de 500 mètres qui retraverse le fleuve au lieu dit Montagne. De l'autre, le H226 qui passe en dessous du coude de la Garonne, soit au Sud, sous les coteaux de Moirax via un tunnel qui serait à construire, et ressort à Layrac au pied du prieuré. Sur le terrain, les élus de l'agglomération d'Agen ont largement dénoncé le tracé H222 faisant valoir ses impacts environnementaux et patrimoniaux. Et de privilégier le tracé Sud. Bien évidemment à Layrac, on n'est pas du même avis. La perspective de voir débarquer la LGV au pied du village n'enchante personne.
La position du Copil a été de patienter. « Pas pour ne rien faire ! », assure Frédéric Perrière, directeur des études de GPSO. « Nous avons noté que les élus et habitants se posaient des questions. Nous pensions y avoir répondu mais visiblement il y a des compléments d'informations à apporter en terme d'impacts environnementaux notamment. À RFF de faire la preuve qu'il les a pris en considération et qu'il peut les atténuer et ce, parce que nous savons construire des viaducs dans des zones humides ou sensibles. Nous allons approfondir nos études et présenter des réponses. »
Un tunnel coûteux
RFF ne s'en cache pas si le tracé H226 est moins impactant pour l'environnement, c'est son coût qui le laisse sur la réserve. Car creuser et aménager un tunnel alourdirait la facture de 90 à 120 millions d'euros par rapport au tracé franchissant par deux fois la Garonne à Boé. On pourrait légitimement se demander si RFF n'entend pas gagner du temps. Les élus agenais ne veulent pas céder à cette « drôle d'idée » et voient dans la décision prise hier par le Copil, piloté par le préfet de Région, Patrick Stefanini, un vrai signe fort pour leur revendication. « Les décideurs ne sont pas insensibles à nos arguments et visiblement, ils mesurent le préjudice, le dommage et le caractère extravagant de la solution proposée par RFF », souligne Christian Dézalos, maire et conseiller général de Boé. Le maire d'Agen et président de l'agglomération agenaise, Jean Dionis du Séjour en tire les mêmes conclusions. « Le Copil a réalisé qu'il y avait une véritable alternative : coût contre respect de l'environnement. »
Et c'est bien sûr ce terrain-là que tout va se jouer. C'est un bras de fer politique qui va s'enclencher dans les cinq mois à venir. Les élus agenais vont aller frapper à la porte de la ministre afin de faire entendre leurs arguments. « Il y a un arbitrage à faire », lâche Jean Dionis du Séjour, tout en ayant une petite pensée pour les Layracais. « On ne va pas se mentir aucune des deux solutions que ce soit la H222 ou la H226 est parfaite, car la perspective d'un tunnel sous Moirax qui ressort à Layrac est également douloureuse. Néanmoins, nous nous devons de soutenir la moins mauvaise d'un point de vue patrimoniale. »
Pour l'association Ouvrons l'œil à Layrac, qui est « pour » la LGV, mais contre le tracé Sud passant au pied du prieuré, la décision du Copil de ne pas trancher de suite, est une « demi-déception ». Son président, Thierry Pilliaudin n'entend pas pour autant céder au découragement : « Le bras de fer politique continue. Nous savons qu'il y a un certain lobbying, mais nous n'abandonnons pas le combat. »
Un combat qui va se poursuivre jusqu'au début du mois d'octobre, date à laquelle le Copil devra cette fois se décider sur le tracé Nord ou le tracé Sud, à moins qu'une troisième option, peu vraisemblable sorte, du chapeau de RFF…
Le Sud Ouest du 240611