Saisie par le concessionnaire Lisea, la juge de l'expropriation a rencontré hier matin les propriétaires visés par le raccordement de la future Ligne à grande vitesse.
Le piquet est marqué à la peinture rose. Ce devait être la limite du terrain pris aux Gaborieau, route de Claix, à La Couronne. Hier matin, la juge de l'expropriation au tribunal de grande instance d'Angoulême était sur place, enchaînant ainsi la visite d'habitations concernées par le raccordement avec la future Ligne à grande vitesse (LGV).
Une étape aussi indispensable qu'obsolète : entre-temps, Cosea, le constructeur de la LGV, a revu ses plans, optant pour des talus en pente douce le long de la voie. Résultat : des mètres supplémentaires grignotés sur les propriétés des riverains, au-delà des piquets roses, et une procédure saucissonnée qui ne contribue guère à apaiser certains propriétaires.
« Une grosse machine »
Jean-Claude Gaborieau s'en agace : « C'est une grosse machine, nous, on est tout petit. » Vent debout depuis décembre contre la nouvelle mouture de l'emprise, le maire Jean-François Dauré menace : « Cosea a changé son fusil d'épaule. Il y a des gens pour lesquels ça va devenir invivable. Si les propriétaires qui demandent à partir ne sont pas justement indemnisés, on demandera le retour au dossier initial. »
Il y avait un côté ubuesque au transport sur les lieux de la juge Gabart : quelques mètres plus loin, les piquets bleus matérialisent déjà ce que sera l'emprise définitive de la future ligne. Soit 233 m2 grappillés rien que dans le jardin de la famille Gaborieau. Des poteaux bleus, il n'en était pas question hier, la nouvelle délimitation étant toujours au stade de l'enquête publique…
Le double-vitrage offert
Avocat parisien de Lisea, Me Jean Di Francesco, lui aussi du voyage, en convient : « Il y a des nécessités techniques : on est parfois obligé de procéder ainsi. C'est une situation qu'on essaie d'éviter au maximum, ce n'est pas quelque chose qui se fait de gaieté de cœur. Mais le système ne marche pas si mal que ça. »
La juge a pu l'acter hier : parmi la douzaine de propriétaires des rues de Claix et de Mouthiers visés par une procédure d'expropriation, la plupart ont trouvé un terrain d'entente avec Lisea, le concessionnaire de la ligne. Autant d'accords à l'amiable qui intègrent évidemment l'emprise seconde version. Exemple avec la famille Denis. Sur leur terrain de 1 480 m², 339 m² seront rachetés 2 373 euros par Lisea, soit 7 euros le mètre carré. « La ligne est à 50 mètres, elle se rapproche de 15 mètres », décrit Jocelyne Denis. Autre contrepartie : Lisea s'est engagé à régler la pose du double-vitrage pour toute la maison - « dix fenêtres et la porte ». Si elle ne craint guère les nuisances dues au passage du train, il est vrai en contrebas de son terrain, Jocelyne Denis devra faire une croix sur le beau noyer centenaire qui borde son jardin.
Deux cas litigieux
Seuls deux propriétaires s'en remettront à la juge des expropriations. Un couple qui souhaite vendre sa maison à Lisea, lequel s'y refuse. Et les Gaborieau, mécontents de voir leur jardin se réduire à vue d'œil. « Une question de morale », souffle Jean-Claude Gaborieau. Il demande 25 euros le mètre carré, faisant remarquer que le mètre carré constructible s'élève en ville à 45 euros. Au nom de Lisea, Me Di Francesco lui en propose 7 euros, compte tenu de la nature du « fond de jardin » et de la présence de la voie ferrée. La juge tranchera en août. Et les travaux suivront sans tarder.
Le Sud Ouest