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LGV: début des grandes manoeuvres

TGV 150Le chantier de la LGV est entré dans sa phase active à Villognon et Roullet
Les premières démolitions ont été effectuées Les terrassements vont suivre.

Ala sortie du village de Villognon, les ouvriers travaillent déjà la nuit pour préparer et protéger le chantier du saut-de-mouton, le croisement de l'actuelle SNCF et de la future LGV (ligne à grande vitesse). Plus au sud, à Roullet, les engins de chantier sont déjà entrés en activité, ont commencé à dessiner «la trace» de la voie. Ils seront bientôt près de deux cents.

«Ça donne de la vie au village. On le voit revivre.» Franck Vandeputte est agriculteur, premier adjoint au maire de Villognon et pas rancunier. La LGV lui a pris l'essentiel de ses terres et 100 hectares à la commune. «Ça nous rappelle l'époque des papeteries, quand ça bougeait dans toutes les rues.» Claude Guitton, le maire, lance: «Nous n'avons rien demandé, nous subissons.» Mais il a vite compris qu'il y avait aussi des avantages à la construction de la LGV et surtout de la base travaux sur sa commune. C'est là, au nord, comme à Roullet, au sud, que les habitants viennent de passer du virtuel, des cartes de RFF (Réseau ferré de France) puis du concessionnaire au réel.

 

La nouvelle vie du multiple rural

 

«Pour l'instant, il n'y a rien de spectaculaire.» Claude Kermarrec est le patron du chantier. Le directeur et ses cinquante gars ont fait des anciennes papeteries leurs bureaux. C'est de là qu'ils règlent les dernières étapes administratives avant le lancement du chantier proprement dit. Pour l'heure, c'est Odile Cordonnier, la gérante, depuis quatre mois, du multiple rural de la commune qui mesure le mieux l'ampleur du chantier. «On fait une vingtaine de couverts par jour; 40%, c'est la LGV», ces fameux cadres qui redonnent vie à la commune et qui dépensent 11,50 euros pour un repas tous les jours. Odile Cordonnier est aux anges. Elle a vu défiler des Hongrois, un Russe, un Allemand. Et les archéologues qui avaient pris l'habitude de boire l'apéro le jeudi soir, de se ravitailler à l'épicerie. Parfois, elle s'inquiète. «Jeudi, j'ai manqué de chaises au restaurant. Quand ils seront cinq fois plus sur la base travaux, je ne sais pas comment on fera.» Déjà, tous les soirs, à 23 heures, elle prépare la soupe maison pour réchauffer les équipes de nuit.

«Dans un mois et demi, ce sera plus spectaculaire», promet Claude Kermarrec. Ce sera le début des grands terrassements, des grandes manoeuvres dans la commune. Jean-Pierre Lejeune, le directeur opérationnel du secteur de chez Cosea, l'a rappelé aux habitants: «La base travaux de Villognon, avec ses 250 personnes installées là pour cinq ans, c'est le point stratégique du chantier de la LGV», à mi-chemin de Tours et de Bordeaux. Une grosse trentaine d'hectares aux confins de l'actuelle et de la nouvelle ligne, où s'entremêleront les rails et les plates-formes, les bâtiments et les aires de stockage. C'est à partir de «cette gare de triage encaissée» que se déploiera le ballet des engins. Depuis les bureaux de Lisea à Roullet et à l'étage du bâtiment de LT Aqua+ voué à la destruction prochaine, la «trace» se dessine entre les bosquets, comme les prémices de la saignée que les bulldozers vont faire dans le paysage. Les premières maisons ont été rasées, comme une partie du bâtiment Sumaca et, en bordure de l'ancienne carrière Lafarge, sur 25 hectares, les bungalows ont commencé à s'entasser sur les plates-formes terrassées de frais. «Il y en aura près de 130 pour héberger 180 personnes», détaille, chez Vinci, Marion Vidil.  

 

«Trois millions de mètres cubes à remuer»

 

Les spécialistes appellent ça une «installation de chantier». Des bureaux et des aires de stockage, une centrale à béton. «Ils sont là pour quatre ans. Il va falloir les loger, les nourrir», se félicite Jean-Paul Kerjean, le maire de la commune. À Villognon, dans le village, ils sont bien quelques-uns à s'inquiéter des tirs d'explosifs programmés dans le calcaire au printemps. Quelques-uns à s'interroger sur d'éventuels dommages causés «aux maisons de petites pierres qui sont fragiles» par le passage des camions dans le village.

Les ingénieurs rassurent, disent qu'ils maîtrisent les techniques, mais n'iront pas jusqu'à promettre de travailler sans nuisances, sans bruit, de 6 heures à 22 heures. Ils ont prévenu. Il faudra être prudent aux abords des chantiers. Ils ont «trois millions de mètres cubes à remuer».

La Charente Libre

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