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LGV : Cadeaux faits à Vinci

TGV_802.jpgPatrick du Fau de Lamothe, élu d'Europe Écologie-Les Verts, estime les risques du concessionnaire limités.

« Sud Ouest ». Votre groupe était plutôt favorable à la LGV Tours-Bordeaux, mais vous critiquez la formule du partenariat public privé (PPP). Pourquoi ?

Patrick du Fau de Lamothe. Il est vrai qu'il y avait une relative bonne acceptation de ce projet au sein du groupe Europe Écologie-Les Verts au Conseil régional d'Aquitaine. Les zones Natura 2000 et des espèces protégées seront bien menacées par la nouvelle ligne, mais les gains de parts de marché du rail sur l'avion, entre Paris et Bordeaux, rendent le bilan environnemental du projet plutôt équilibré. Mais c'est la formule du PPP qui ne passe pas. Le réseau LGV a une cohérence nationale. En confiant la construction et la concession au groupe Vinci, on porte atteinte, selon nous, à l'intégrité du service public. On oblige aussi le concessionnaire à rendre la ligne rentable. Et on fait financer la construction majoritairement par l'État et les collectivités locales. On fait un cadeau au privé.

Mais les collectivités locales ont obtenu une clause de retour à bonne fortune. C'est gagnant-gagnant, en fait…

Les collectivités d'Aquitaine apportent une contribution de 842 millions d'euros, dont 306 à la charge du Conseil régional, hors de toute compétence, il faut le rappeler. Mais nous sommes aussi associés, avec ces montants, aux risques de construction, d'exploitation et de trafic. Ils ont été manifestement surévalués par Réseau ferré de France [RFF], qui s'est mis de côté une cagnotte de quelque 332 millions d'euros pour les risques de taux (alors qu'ils ont baissé depuis 2009). Le projet pourrait être moins cher. Avec ce montage financier, l'État et les collectivités sont non seulement associés aux risques financiers, mais aussi aux risques de construction et d'exploitation provisionnés. Nous sommes liés au projet durant cinquante ans. De son côté, Vinci apporte 10 % de fonds propres avec ses partenaires, emprunte 19 % de la somme et se voit proposer un taux de retour de son investissement de 15,08 %. La Région va recruter un cabinet conseil pour s'assurer que nous retrouvions une partie de notre mise. Mais sa mission sera d'à peine plus de deux ans. Je crains que nous n'attendions au moins cinquante ans.

Avez-vous eu accès au contrat de concession ?

Non, et c'est bien injustifiable. Le président du Conseil régional a fini par nous donner tous les éléments qui étaient en sa possession, sauf le projet de contrat de concession. RFF nous a opposé une condition de confidentialité inacceptable pour des élus démocratiquement choisis. Nous n'avons finalement pas saisi le tribunal administratif, suite au recours gracieux déposé fin décembre. Il y a eu débat au sein du groupe Europe Écologie-Les Verts, qui est composé de 10 élus. Le principe de réalité politique a prévalu au nom de la cohérence de la majorité.

Comment financera-t-on les prolongements au-delà de Bordeaux ?

Pour des lignes plus longues et moins rentables, je ne vois pas comment cela est possible, compte tenu de l'état de nos finances publiques et des besoins de modernisation du réseau existant.

Le Sud Ouest du 170611
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