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La mémoire des lieux

TGV_1130.jpgArnaud Devis propose aux communes de photographier d'en haut leur paysage avant la saignée LGV.

La bestiole vrombit comme un essaim d'abeilles. Chacune de ses six pattes est dotée d'une petite hélice performante. En guise de corps, une grosse pince qui tient un appareil photo. Dans le ventre, un GPS. Ce drone fabriqué maison, à partir de pièces achetées, est l'un des deux instruments qu'utilise Arnaud Devis pour faire des photos d'en haut. L'autre outil est un ballon à hélium de type cigare, captif, qui porte aussi un appareil photo dans sa petite nacelle.

Professionnel de la photographie aérienne, Arnaud Devis est aussi élu municipal de Champagne-Vigny, à côté de Claix. Un village poids coq (240 âmes) dont le territoire va être coupé en deux par la ligne à grande vitesse (LGV). L'environnement en sera modifié à jamais. « Un bâtiment qui est aujourd'hui sur une colline peut se retrouver au bord de la ligne », cite en exemple Arnaud Devis.

« C'était comme cela avant »

Fin octobre, à Poullignac, il a proposé les services de son entreprise, La Photo aérienne, aux maires du Sud-Charente, lors d'une réunion de l'Adisc (Association de défense intercommunale du Sud-Charente).

Sa démarche est simple : fixer le paysage tel qu'il est aujourd'hui, avant le grand bouleversement. « Juste pour la mémoire, pour pouvoir dire : "C'était comme cela avant", avance Arnaud Devis. C'est maintenant qu'il faut faire quelque chose et garder une trace. » Cela fera aussi office d'état des lieux d'avant travaux. En tant qu'élu, il a assisté à une réunion LGV avec Réseau ferré de France, où ont été présentées des images de synthèse de la ligne une fois tout terminé. Constat : « Ils ne sont pas concernés par l'existant. » Or ce chantier est énorme. « Il va changer beaucoup de choses. »

Photographier avant disparition programmée est en fait une habitude pour Arnaud Devis. Parmi ses clients habituels se trouve l'Inrap (Institut national de recherches archéologiques préventives), qui lui demande de photographier les trouvailles avant de devoir les recouvrir de terre. « Par exemple, pendant les fouilles pour la déviation de La Rochefoucauld, ils avaient trouvé un four », explique Arnaud Devis, montrant les clichés pris à ce moment-là. Dans ses commandes, de manière générale, il a « beaucoup de suivis de chantiers. Avant, pendant, après. »

La photo aérienne, rappelle-t-il, commence à 1 mètre du sol, mais avec son drone, classé comme engin téléguidé, il peut monter jusqu'à 150 mètres, ce qui est largement suffisant pour proposer toute une palette de services (ses tarifs commencent à 180 €).

Ainsi, les assurances font souvent appel à lui après un gros sinistre. Une photo du ciel permet aux experts de mieux comprendre la propagation du feu. Les architectes utilisent aussi souvent ses photos comme fond, pour dessiner ensuite leurs projections.

Le drone n'est pas toujours de sortie. Quand le temps de vol doit être long, ou quand la sécurité prime (pendant les concerts, lorsque du public se trouve au sol), c'est le dirigeable qui est préféré.

Arnaud Devis a déjà « eu des retours positifs » après son exposé devant les maires du Sud-Charente. Plassac, et son adorable église reconnaissable entre mille, a dit oui.

Le Sud Ouest

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