Élus et entrepreneurs ont débattu hier de l'intérêt économique de la ligne à grande vitesse.
Les arguments des pros et anti-LGV s'opposent depuis quelques mois déjà. Hier matin, à l'initiative du journal « Sud Ouest », élus et chefs d'entreprise ont débattu du potentiel économique que développerait la ligne ferroviaire à grande vitesse, pendant une heure et demi, au parc Walibi à Roquefort, devant une soixante de responsables économiques et politiques. Au-delà du choix de Réseau ferré de France (RFF) de mettre en place cette liaison, au-delà de la problématique de son financement, dans le cadre de ses débats économiques, « Sud Ouest » a voulu s'attacher aux retombées, positives ou négatives, du projet.
« Le pire serait que les vaches regardent passer les trains », a entamé Jean-Alain Mariotti, président de la Chambre de commerce et d'industrie territoriale (CCIT), l'un des six intervenants, « que la ligne passe par ici et que nous n'en ayons aucune retombée, c'est-à-dire qu'il n'y ait pas de gare. Avec des arrêts suffisants. »
Ce sera aux élus locaux, des présidents des deux régions concernées au maire d'Agen, en passant par le président du Département et ceux des Communautés de communes impliquées, tous associés sur ce projet, comme l'a souligné Jean Dionis du Séjour, président de la Communauté d'agglomération d'Agen, de peser.
Car Frédéric Perrière, chargé des grands projets de RFF sur le Sud Ouest l'a clairement dit : « RFF ne peut pas prendre d'engagements sur les dessertes, qui relèvent de décisions de l'État. » Il a cependant rassuré l'assemblée en affirmant qu'il n'y en aurait « pas moins ».
Les premières concertations font état de dix trains environ par jour faisant étape dans la nouvelle gare, prédestinée rive gauche, à proximité de Walibi, de l'agropole, et de la nouvelle zone d'activité, sur Sainte-Colombe-en-Bruilhois. Henri Tandonnet, président du canton de la Communauté de communes Laplume-Sainte-Colombe, mise ainsi beaucoup sur la LGV.
Trop d'attentes ?Les acteurs économiques en attendent beaucoup aussi. Trop ? C'est l'opinion du directeur d'Albatros France, Charles D'Huyvetter. « Toutes les villes intermédiaires y ont cru, ont investi et rien ne se passe », a-t-il pointé, se fondant sur les cas de la région dijonnaise ou de la Saône-et-Loire. D'après lui, le Lot-et-Garonne devrait plutôt réfléchir à des axes de développement économique… sans la LGV, « trop chère et pour laquelle les porteurs ne trouveront pas les financements ».
Si RFF se garde de « vendre » la LGV comme « un outil de développement local », nombre de chefs d'entreprise l'assurent : « les infrastructures précèdent le développement ».
« Quand une entreprise a un projet, elle n'a pas le temps d'attendre que les collectivités mettent en place de quoi les accueillir », affirme le PDG de De Sangosse. Christophe Peuchot, PDG de l'entreprise IFTS et vice-président d'Innovalis Aquitaine va plus loin : « Il faut absolument réduire le temps de transport », que ce patron connecté avec la Chine et les États-Unis considère improductif. « La LGV c'est le moyen d'amener un Américain descendant de l'avion à Roissy jusqu'ici. »
Amortir les conséquencesBien que tous, y compris le représentant de RFF à demi-mots, estiment le calendrier d'une LGV à l'horizon 2020 optimiste, presque tous en revanche n'ont aucun doute sur sa réalisation. Partant de ce postulat, à l'image de Christian Salinaires, adjoint au maire d'Estillac, certains se préoccupent, outre des retombées économiques, des conséquences environnementales. La question devient alors « comment continuer à vivre, et à mieux vivre sur le secteur, avec le passage de la LGV », pose celui qui est par ailleurs président du comité de défense des nuisances sur la rive gauche. Qui, comme tout le monde, entend tirer le meilleur parti d'une étape qui ne fait presque plus douter.
Le Sud Ouest du 100611