La suppression de dessertes TGV à Angoulême a motivé la suspension du financement charentais pour la LGV. À RFF, on calme le jeu en invoquant un « geste d'humeur » infondé.
Comme nous le révélions hier, la Charente a fermé le porte-monnaie sous le nez de la LGV Sud-Europe Atlantique. Unanimement, après avoir été informés de la restriction de dessertes ferroviaires pour l'année 2012 (lire ci-contre), le Conseil Général, l'agglomération d'Angoulême et la Communauté de communes de Cognac ont décidé de suspendre leur financement à la LGV Tours-Bordeaux (1). Une décision prise alors que RFF venait d'adresser aux trois collectivités, fin août, un premier appel de fonds.
Des fonds pour l'heure bloqués, notamment au Grand-Angoulême où Philippe Lavaud estime que l'action des trois collectivités est juridiquement fondée. Et que l'excuse des travaux ne justifie pas tout.
« On comprend qu'il puisse y avoir une gêne. Mais, là, la dégradation du service, telle qu'elle est proposée par la SNCF, n'est pas admissible. Ni pour les collectivités, ni pour les usagers de la gare d'Angoulême. La convention de participation au financement de la LGV s'appuie sur une convention de desserte garantissant a minima le maintien du niveau de service de 2009. Moralement et juridiquement, on ne peut donc pas payer. » Pour Philippe Lavaud, la SNCF doit « revoir sa copie ». Si possible avant l'annonce des nouveaux horaires ce lundi. « Cette affaire montre bien que le nœud de l'affaire réside dans l'absence de concertation entre RFF et la SNCF », analyse le président du Grand-Angoulême.
Contacté hier, Pierre-Denis Coux, directeur des grands projets chez Réseau Ferré de France (RFF), calme le jeu. « J'avoue avoir été surpris quand Michel Boutant m'a annoncé cette suspension du financement », lors d'un dîner à la préfecture. Le directeur de projet de RFF interprète l'attitude charentaise comme « un geste de mauvaise humeur ». Mais, « on va s'empresser de les rassurer. Et nous allons regarder avec la SNCF de quelle façon nous pourrons améliorer les choses », indique-t-il immédiatement
Dégradation « inévitable »Cela dit, pour ce qui est de la convention de desserte, Pierre-Denis Coux réfute l'interprétation charentaise : selon lui, « la convention de desserte, qui garantit un même niveau de service qu'en 2009, ne sera effective qu'en 2017 », au moment de l'ouverture de la LGV. Et cette convention sera bien appliquée, appuie-t-il en substance. D'ici là, la dégradation du service serait inévitable. Pierre-Denis Coux l'explique par la simultanéité de deux chantiers. L'un portant sur la rénovation de la ligne actuelle, l'autre sur la construction de la LGV Tours-Bordeaux… « Cela nous condamne à des suppressions d'arrêts qui restent toutefois limitées. Ce n'est en aucun cas un choix d'entreprise, qui consisterait à moins desservir Angoulême. Ces désagréments, pour lesquels nous nous excusons, sont purement techniques et temporaires. Nous sommes conscients de traverser une mauvaise période. Mais ces travaux de rattrapage pour la maintenance de l'actuelle ligne sont nécessaires. Sans cela, nous ne pourrons pas offrir le meilleur service à l'ouverture de la LGV. »
Reste à savoir combien de temps vont durer les désagréments. Pierre-Denis Coux admet un « manque de lisibilité » sur le sujet. « J'espère que la situation s'améliorera en 2013 », conclut-il.
(1) 29 millions d'euros pour le Département, 10,3 millions d'euros pour Grand-Angoulême et 2,7 millions d'euros pour la CdC de Cognac.
Le Sud Ouest