"Perspectives que les propriétaires du Château Le Tuquet, à Beautiran, jugent peu réjouissantes, étant habitués à n'avoir que des vignes sous les fenêtres de leur demeure du XVIIIe siècle. Dans le pire des cas, la future ligne pourrait amputer 20 de leurs 56 ha et 18 ha de bois et prairies. Une blessure émotionnelle, mais aussi un réel préjudice économique. « Vous ne serez pas touchés, nous avait dit le maire », se rappelle Paul Ragon, le maître des lieux. « Mais quand on est passé d'un tracé vague à un fuseau d'un kilomètre, on s'est retrouvé en plein dedans ! » Alice de la Haye, sa fille qui a repris le domaine familial l'an dernier ne comprend pas : « Pourquoi ne pas longer l'autoroute à l'ouest ? », répète-t-elle pour elle-même en regardant la carte où figurent les deux tracés potentiels. Car ici, on en est certain - alors que rien n'a encore été validé par le préfet - ce sont les vignes qui vont être sacrifiées au profit des habitations et des entreprises du tracé de l'ouest. Un courrier de Réseau ferré de France semble confirmer cette crainte, puisque le gestionnaire du réseau écrit qu'il y a moins d'« enjeux humains et d'activités » sur l'axe des Graves. Certes, ce tracé ne concernerait « que » 10 propriétaires viticoles et 100 ha de Graves, mais « l'impact sur l'appellation d'origine contrôlée [AOC] est irréversible et le terroir est irremplaçable, le reste, ça se déplace... », argue la propriétaire. Et pourtant, ce n'est pas la première atteinte aux Graves - vignoble le plus ancien de Bordeaux et le mieux connu, selon le syndicat - puisque depuis cinquante ans, il a été amputé de 30 % de sa surface en raison de l'extension des villes. « Le fuseau Est [...] mettrait à mal l'ensemble des politiques publiques mises en oeuvre depuis plusieurs années afin de préserver un environnement conforme aux exigences de qualité et de développement durable », a écrit, il y a quinze jours, Yves Mayeux, le maire PS de Beautiran. L'oenoutourisme - encouragé par le gouvernement pour améliorer la visibilité des vignobles - va également en pâtir. « Entre Pessac et Sauternes, nous avons créé la première route des vins par GPS, se félicite Dominique Haverlan, président du syndicat des Graves. Le TGV porte atteinte à ces efforts... » Alain Rousset, président PS de la région, qui finance à la fois la LGV et ce type d'initiatives dit « comprendre les inquiétudes des viticulteurs », mais estime que « la LGV est indispensable pour désenclaver l'Aquitaine ». « Il faut que le tracé retenu ait le moins d'impact possible sur la viticulture et sur les habitations », commente-t-il en prévision du comité de pilotage. Alors, le problème reste entier car une option concerne surtout des habitations et l'autre, surtout des vignes... « Il faut que cela puisse évoluer et dans tous les cas l'indemnisation proposée doit être correcte », conclut-il. Au Tuquet, difficile de savoir quelle somme pourrait compenser cinquante ans de travail." 20 Minutes Bordeaux du 050110