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24 juin 2013 1 24 /06 /juin /2013 05:33

TGV_1371.jpgLa dernière version du rapport Duron conseille de parer au plus urgent, la rénovation des infrastructures, au détriment des LGV, reportées à l'au-delà 2030.  Il va falloir s'en faire une raison. L'histoire d'amour de la France avec la grande vitesse est en train de se fracasser sur l'écueil du financement. C'est ce que révèle la dernière mouture du rapport Duron, dit de la Commission mobilité 21, dont Libération s'est procuré une copie. La version finale doit être présentée officiellement le 27 juin, mais des fuites (Usine Nouvelle, Mobilicités...) ont commencé à alimenter un début de polémique. Cette commission nommée cet automne par Frédéric Cuvillier, le ministre des Transports, avait été sommée de classer les projets d'infrastructure routière et ferroviaire en fonction de leur priorité. Trier parmi plus de 70 projets listés dans le Snit (Schéma national des infrastructures de transport, sorte de catalogue exhaustif établi sous la présidence de Nicolas Sarkozy), pour un coût global de près de 250 milliards d’euros, est une rude tâche soumise à moults lobbies, notamment ceux des élus locaux.

A relire, notre enquête TGV, des lignes lancées trop vite ?

Dans la mouture qui circule, aucune ligne à grande vitesse n'est retenue dans «les premières priorités» du scénario n°1, le plus réaliste mais aussi le moins ambitieux. Il se base en effet sur une enveloppe ultramodeste – 8 à 10 milliards d'euros –, représentant  la capacité actuelle de financement des infrastructures à l’heure du serrage de vis général.

 Une ligne nouvelle Paris-Mantes

Dans cette épure, seules surnagent les urgences, et au premier rang l'amélioration des transports du quotidien et la rénovation des lignes existantes. Exemple, les «nœuds ferroviaires» de Paris (Gare de Lyon et Paris-St Lazare), ceux de Marseille, de Lyon... Rien de bien glamour mais des investissements indispensables pour désaturer des lignes au bord de l'implosion, ont jugé les experts. Dans cette première liste, l'aménagement le plus coûteux est la construction d'une ligne nouvelle entre Paris et Mantes pour 3 à 3,5 milliards d'euros. En aucun cas une LGV.

Les tenants de la grande vitesse seront déçus. Le scénario n°2, optimiste, qui se base sur une enveloppe de 26 à 28 milliards d'euros, n'est guère plus généreux avec le TGV. Evacuée ainsi et de façon lapidaire, la LGV Paca qui devait relier Marseille à Nice pour un coût pharaonique évalué jusqu'à 15 milliards d'euros. Les experts lui préfèrent une simple ligne nouvelle. Un investissement considérable de sept milliards d'euros pour la première tranche de travaux, celle classée dans les «premières priorités».

Balayée aussi la LGV Paris-Orléans-Clermont-Lyon, qui devait désenclaver le Massif central et désaturer la LGV actuelle Paris-Lyon. La Commission a jugé que «l'horizon de saturation de la ligne» ne serait pas atteint avant 2035-2040. Idem pour la ligne nouvelle Montpellier-Perpignan et la liaison Lyon-Turin où les difficultés ne sont pas attendues avant cette échéance. Au pilon également, le projet de LGV entre Poitiers et Limoges, «controversé quant à son intérêt et ses enjeux». Trappée aussi l'achèvement de la LGV Rhin-Rhône, dont un premier tronçon de 140 km a été mis en service l’an dernier. Seule la prolongation de la branche Est (50 km) trouve grâce aux yeux des experts. 

Bordeaux-Toulouse en pointillés

La LGV très médiatique entre Bordeaux et Toulouse et entre Bordeaux et l'Espagne (via Hendaye) s'est heurtée à l'hostilité d'une petite poignée de commissaires, convaincus qu'on peut se contenter d'améliorer l'existant. Mais le tronçon Bordeaux-Toulouse semble bien avoir sauvé sa peau. Il figure dans les «premières priorités» du scénario optimiste. Reste qu'il n'est pas acquis que l'Etat puisse mobiliser les 26 à 28 milliards nécessaires. Cela dépend des largesses de la Commission europénne, via son enveloppe de financement des grandes infrastructures, du rendement de l'éco-taxe poids lourds qui devrait commencer à cracher ses premières recettes à l'automne prochain et de l'effort d'investissement promis par l'Etat au titre de la relance par les grands travaux.

Les élus locaux, fâchés de voir leurs projets mal classés, sont déjà montés à l'assaut. Ainsi la région Bretagne, très attachée à sa ligne nouvelle Ouest Bretagne-Pays de la Loire, renvoyée à des études complémentaires, ou encore l'Alsace, dont les élus se sont dit «scandalisés» et «outrés» de voir reportée à l'au-delà 2030, la prolongation de leur LGV Rhin-Rhône. Hier, Frédéric Cuvillier a essayé de calmer les inquiétudes: «Il ne s'agit pas que chacun revendique son autoroute, son TGV ou son TER. Nous souhaitons avoir des choix de cohérence sur la modernisation des infrastructures», a dit le Ministre. Mais il faudra attendre jeudi prochain pour vérifier que des pressions de toute sorte n'ont pas, une fois encore, bousculé les «priorités». 

Libération

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Publié par Pascale Binet - dans TGV LGV
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